Antonio Guterres réclame une réforme du Conseil de sécurité pour une meilleure représentation africaine

Antonio Guterres réclame une réforme du Conseil de sécurité pour une meilleure représentation africaine

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé depuis Nairobi, au Kenya, à une réforme en profondeur des institutions internationales afin d’améliorer la représentation du continent africain au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette déclaration a été faite lors d’une conférence de presse tenue dans la capitale kényane, en marge d’un sommet Afrique-France réunissant des ministres d’une vingtaine de pays africains ainsi que les chefs de la diplomatie française et kényane, Jean-Noël Barrot et Musalia Mudavadi.

M. Guterres a estimé que les structures actuelles de gouvernance mondiale ne correspondent plus aux réalités géopolitiques contemporaines. « Nous avons besoin de réformes plus profondes des institutions mondiales (…) qui reflètent le monde tel qu’il est aujourd’hui, et non tel qu’il était il y a 80 ans », a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il a qualifié d’« injustice historique » liée à l’absence de sièges permanents africains au Conseil de sécurité.

Un appel à corriger un déséquilibre structurel

Le chef de l’ONU a souligné que le continent africain, qui compte 54 États membres et représente environ 1,4 milliard d’habitants, ne dispose d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité, un organe clé chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Actuellement, seuls cinq pays détiennent ce statut : les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine, chacun disposant d’un droit de veto.

M. Guterres a reconnu que la réforme du Conseil de sécurité demeure difficile à concrétiser, en raison notamment de la nécessité d’obtenir l’accord de ses cinq membres permanents. Malgré ces obstacles, il a salué certaines initiatives récentes visant à limiter l’usage du veto dans des situations extrêmes, en particulier en cas de génocide. Cette position rejoint des propositions formulées par plusieurs États africains et organisations régionales, qui réclament depuis des décennies une représentation plus équitable au sein de l’organe onusien.

Inauguration de nouveaux bâtiments et projet d’extension à Nairobi

En déplacement au Kenya, Antonio Guterres a également inauguré de nouveaux bâtiments du complexe onusien de Nairobi, l’un des quatre sièges principaux de l’organisation dans le monde, avec New York, Genève et Vienne. Il a lancé un projet d’extension destiné à accueillir davantage de personnel international, dans un contexte marqué par les réductions budgétaires décidées par l’administration de Donald Trump aux Nations unies.

Selon le secrétaire général, cette implantation à Nairobi représente une solution plus économique pour l’organisation, tout en renforçant la présence onusienne en Afrique. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de l’ONU visant à décentraliser certaines de ses opérations et à réduire ses coûts fixes.

Implications pour le Maroc et l’Afrique du Nord

Pour le Maroc et les pays d’Afrique du Nord, la question de la représentation africaine au Conseil de sécurité revêt une importance particulière. Rabat plaide régulièrement pour une réforme du système onusien qui tienne compte des intérêts et des spécificités du continent. Dans le cadre de sa diplomatie multilatérale, le Maroc a soutenu à plusieurs reprises l’initiative africaine commune, dite « consensus d’Ezulwini », qui réclame au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, avec droit de veto, ainsi que deux sièges non permanents supplémentaires.

Le sommet Afrique-France qui s’est tenu à Nairobi a également abordé d’autres sujets liés à la gouvernance mondiale, notamment le financement du développement et la lutte contre le changement climatique.

La prochaine étape concrète pour cette réforme reste incertaine. Aucun calendrier officiel n’a été annoncé pour des négociations formelles au sein de l’Assemblée générale de l’ONU. Toute modification de la composition du Conseil de sécurité nécessite une modification de la Charte des Nations unies, approuvée par deux tiers des États membres et ratifiée par les cinq membres permanents. Les observateurs estiment que le processus pourrait prendre plusieurs années, voire des décennies, mais l’appui répété du secrétaire général donne un nouvel élan à cette revendication historique du continent africain.

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