Un écart croissant sépare les régions du Maroc en matière de richesse, de consommation et de produit intérieur brut par habitant. C’est ce que révèlent les nouvelles données régionales publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour l’année 2024.
Des indicateurs économiques qui divergent fortement
Selon le HCP, la région de Casablanca-Settat affiche le PIB par habitant le plus élevé du royaume, avec plus de 85 000 dirhams. À l’opposé, la région de Béni Mellal-Khénifra enregistre le niveau le plus bas, à environ 28 000 dirhams. Cet écart de près de trois fois illustre une concentration persistante des activités économiques et des investissements dans les zones littorales et industrielles.
La consommation des ménages suit une logique comparable. Casablanca-Settat domine également ce classement avec une dépense annuelle moyenne par habitant de l’ordre de 42 000 dirhams. Les régions du Sud, comme Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia El Hamra, se situent en dessous de la moyenne nationale, avec des chiffres respectifs de 26 000 et 29 000 dirhams.
Une croissance nationale qui profite inégalement aux territoires
La croissance globale du PIB national a atteint 3,4 % en 2024, selon les estimations du HCP. Toutefois, cette performance ne se traduit pas par une réduction des inégalités territoriales. Les régions les plus dynamiques, comme Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, bénéficient de taux de croissance supérieurs à la moyenne, tandis que des zones rurales et montagneuses, notamment dans le Haut Atlas, stagnent.
Le rapport du HCP précise que près de 60 % de la richesse nationale est concentrée dans trois régions : Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Cette concentration limite les opportunités de développement économique dans les autres régions.
Un accès aux services publics encore inégal
Les disparités ne se limitent pas aux seuls indicateurs économiques. L’accès aux services de base, comme la santé et l’éducation, reste très inégalitaire. Par exemple, le taux de couverture médicale varie de 70 % dans la région de l’Oriental à seulement 45 % dans la région de Drâa-Tafilalet. De même, le taux de scolarisation dans le secondaire oscille entre 85 % dans la région de Rabat-Salé-Kénitra et 58 % dans la région de Marrakech-Safi.
Les facteurs structurels en cause
Selon les analystes consultés par le HCP, ces écarts s’expliquent par une combinaison de facteurs historiques, géographiques et institutionnels. Le tissu industriel et les services modernes restent largement polarisés autour des métropoles côtières. Par ailleurs, les zones rurales souffrent d’un déficit d’infrastructures de transport, de réseaux d’irrigation et de connexion numérique.
La faiblesse des investissements publics directs dans les régions intérieures depuis plusieurs décennies aggrave ce déséquilibre, selon les données du rapport.
Des pistes de rattrapage envisagées
Face à ce constat, le HCP recommande une révision des critères de répartition des fonds de la péréquation et des aides régionales. L’institution préconise notamment de renforcer les systèmes de formation professionnelle et d’appui aux petites entreprises dans les zones les moins développées. Le rapport mentionne également la nécessité d’améliorer l’accès au crédit bancaire pour les entrepreneurs ruraux.
Le gouvernement a annoncé, dans le cadre du nouveau modèle de développement, un programme d’investissement de 100 milliards de dirhams sur cinq ans pour les régions défavorisées. Les premiers décaissements sont attendus à partir de 2025, selon le ministère de l’Intérieur.
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