Gaspillage alimentaire au Maroc : l’étude de Kénitra pointe les habitudes plutôt que le revenu

Gaspillage alimentaire au Maroc : l’étude de Kénitra pointe les habitudes plutôt que le revenu

Une étude récente menée dans la province de Kénitra indique que le gaspillage alimentaire dans les ménages marocains est davantage lié aux habitudes de consommation et de conservation qu’au niveau de revenu. Les résultats, publiés dans la revue scientifique Frontiers in Sustainable Food Systems, placent le pain en tête des aliments jetés.

Les chercheurs ont interrogé 442 personnes chargées des achats, de la préparation ou de la gestion des aliments au sein de leur foyer, entre janvier et juin 2022. Les participants ont décrit leurs pratiques habituelles ainsi que les produits qu’ils déclarent jeter le plus fréquemment.

Le pain, principal aliment gaspillé

Le pain arrive en première position des produits les plus souvent jetés par les ménages interrogés. Sa présence quotidienne sur les tables marocaines et son achat régulier peuvent expliquer l’accumulation de quantités non consommées, selon les auteurs de l’étude.

La conservation constitue également un facteur déterminant. Le pain perd rapidement sa fraîcheur, ce qui peut inciter les ménages à s’en débarrasser lorsqu’il reste trop longtemps. À l’inverse, les viandes et les poissons affichent des niveaux de gaspillage plus faibles, leur coût d’achat plus élevé pouvant conduire à un meilleur contrôle des quantités achetées.

Le gaspillage du pain représente une perte qui dépasse son seul prix d’achat. Sa production mobilise des ressources agricoles, de l’eau, de l’énergie, ainsi que des moyens de transport et de transformation.

Absence de lien statistique avec le revenu

L’enseignement principal de l’étude concerne l’absence de relation statistiquement significative entre le revenu des ménages et les quantités d’aliments jetées dans les différentes catégories analysées. La part du budget consacrée à l’alimentation ne constitue pas non plus un indicateur fiable pour anticiper le niveau de gaspillage.

Un ménage disposant d’une capacité financière plus importante ne gaspille pas nécessairement davantage, soulignent les chercheurs. Les pratiques quotidiennes, notamment la planification des achats, les quantités préparées, les conditions de conservation et la gestion des restes, semblent davantage peser sur le volume de nourriture jetée.

Acheter plus que nécessaire ou préparer des portions trop importantes peut générer des surplus, tandis qu’une anticipation des besoins et une gestion plus rigoureuse contribuent à réduire les pertes.

Une méthodologie fondée sur des déclarations

Les données recueillies reposent sur les déclarations des participants et non sur une pesée directe des déchets produits dans les foyers, ce qui constitue une limite à prendre en compte dans l’interprétation des résultats.

Les auteurs recommandent d’élargir ce type de recherches à d’autres régions et à différentes catégories sociales afin d’obtenir une image plus représentative du phénomène au Maroc. Des mesures directes des quantités jetées permettraient également de mieux évaluer le coût économique et alimentaire du gaspillage.

En attendant, l’étude souligne que les habitudes d’achat, de préparation et de conservation expliquent davantage les différences entre les foyers que le seul niveau de revenu.

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