Des centaines de pharmaciens ont manifesté, jeudi, devant le siège du Conseil de la concurrence à Rabat. Ils protestaient contre les recommandations de cette institution concernant l’ouverture du capital des officines à des investisseurs extérieurs, une mesure qu’ils qualifient de « privatisation déguisée ».
La mobilisation était organisée par la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc. Les manifestants scandaient des slogans comme « La pharmacie n’est pas à vendre » et « La pharmacie est une mission, pas un business ». Pour ces professionnels, les recommandations du Conseil de la concurrence menacent l’indépendance des pharmacies et l’équilibre du système de santé marocain.
Les craintes des syndicats
Le secrétaire général de la Confédération, Amine Bouzoubaa, a appelé à une intervention urgente des pouvoirs publics. Il a demandé au gouvernement et au ministère de la Santé de mettre fin à la tension dans le secteur et de rejeter purement et simplement les avis du Conseil de la concurrence.
M. Bouzoubaa a alerté sur les risques d’une ouverture du capital à des investisseurs « qui n’ont aucun lien avec le secteur de la santé ni avec la réalité du médicament et du patient ». Selon lui, une telle évolution « mettrait en danger la santé publique et fragiliserait l’ensemble du système ».
La défense d’une vision du métier
Parmi les manifestants, le pharmacien Abdelhafid Oualalou a estimé que « le patient et l’économie nationale seront les premiers perdants si ces recommandations se transforment en loi ». Il a mis en garde contre de possibles « déséquilibres profonds » affectant la qualité des soins.
Il a également défendu une vision spécifique de la profession, affirmant : « Le médicament est d’abord un outil de soin avant d’être une marchandise ». L’introduction d’une logique purement capitalistique dans ce secteur sensible ne tiendrait pas compte, selon lui, de sa nature fondamentale.
La position du Conseil de la concurrence
Face à cette mobilisation, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a pris ses distances. Il a rappelé que la manifestation s’inscrivait dans le cadre des libertés d’expression garanties par la loi.
Dans son avis, l’institution défend une approche graduelle. Elle estime qu’une « ouverture encadrée et progressive du capital » permettrait de moderniser le secteur pharmaceutique et de renforcer sa viabilité financière, sans remettre en cause la responsabilité professionnelle des pharmaciens.
Divisions et perspectives
Cette vision est loin de faire l’unanimité. Alors que la Confédération des syndicats des pharmaciens opte pour l’escalade, d’autres organisations professionnelles privilégient une approche plus mesurée, misant sur le dialogue institutionnel plutôt que sur la confrontation.
Ce débat fait apparaître une ligne de fracture entre une logique de libéralisation économique et une conception du secteur pharmaceutique comme un pilier de la souveraineté sanitaire du Maroc.
La suite des événements dépendra désormais de la réaction du gouvernement et du ministère de la Santé, qui sont appelés à se prononcer sur les recommandations du Conseil de la concurrence. Le dossier pourrait évoluer vers un projet de loi, ce qui ouvrirait une nouvelle phase de discussions au Parlement.
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