Le Kenya soutient l’autonomie du Sahara, signe d’un réalignement diplomatique en Afrique

Le Kenya soutient l’autonomie du Sahara, signe d’un réalignement diplomatique en Afrique

Lors de la première session de la Commission mixte de coopération maroco-kényane, jeudi dernier, le Kenya a exprimé son soutien explicite à l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara. Cet événement diplomatique intervient dans un contexte où la présence aux célébrations du « soi-disant anniversaire de la république » dans les camps de Tindouf s’est limitée à quelques délégations étatiques, menées par l’Afrique du Sud et le Mozambique.

Cette prise de position de Nairobi, une puissance régionale majeure en Afrique de l’Est, est perçue comme un indicateur des évolutions géopolitiques en cours au sein de l’Union africaine. Elle illustre un réalignement de plusieurs pays africains qui révisent leur approche du dossier du Sahara, privilégiant désormais une logique d’intérêts mutuels.

Une lecture pragmatique du conflit

Le chercheur en affaires stratégiques Hicham Moataded analyse cette décision comme le signe d’une restructuration de la diplomatie continentale. Il estime que le conflit du Sahara n’est plus abordé sous un angle idéologique lié à l’héritage des mouvements de libération, mais dans une perspective pragmatique axée sur la stabilité et les investissements.

Pour lui, la position kényane démontre une transition de la logique de la légitimité historique vers celle de la pertinence stratégique. L’initiative d’autonomie y est ainsi perçue comme une solution fonctionnelle et applicable.

L’érosion du soutien au Polisario

La portée symbolique de la réception récente de Brahim Ghali, limitée à de rares délégations, reflète selon les observateurs une contraction du soutien diplomatique au Front Polisario au niveau africain. Hicham Moataded y voit un cercle de soutien qui se concentre sur un nombre limité de pays agissant selon des approches traditionnelles remontant à la guerre froide.

Cette dynamique marquerait le passage du conflit d’une phase d’équilibre des récits à une phase de déséquilibre des rapports d’influence. La représentativité limitée lors des activités du Front serait le signe d’une érosion progressive de sa capacité à maintenir un large réseau de soutien.

Le poids institutionnel du Kenya

Le chercheur en relations internationales Jaouad El Kasmi souligne le poids institutionnel de Nairobi sur le continent. Son alignement sur l’intégrité territoriale marocaine constitue donc un signal fort. Selon son analyse, le Kenya a compris que son avenir réside dans sa sécurité alimentaire et son développement.

Dans cette optique, le Maroc, grâce au rôle mondial de l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), est perçu comme un partenaire capable d’aider à surmonter des obstacles dans le domaine de la sécurité alimentaire. Ce revirement est notable, le Kenya ayant autrefois évolué dans l’orbite diplomatique de l’Algérie.

Perspectives et prochaines étapes

Les analystes s’accordent à voir dans cette évolution un mouvement continental plus vaste, où de nombreux pays adoptent des approches réalistes garantissant la stabilité régionale et ouvrant des perspectives de partenariat. Cette réorientation stratégique, impulsée par Rabat à travers des leviers économiques et sécuritaires, contribuerait à un démantèlement progressif du bloc traditionnel soutenant la thèse séparatiste au sein de l’Union africaine.

La prochaine étape devrait consister en une consolidation de ces percées diplomatiques, avec une attention particulière portée aux positions d’autres pays africains influents. Les prochaines réunions de l’Union africaine et les sessions bilatérales à venir seront scrutées pour confirmer ou infirmer cette tendance au réalignement pragmatique sur le dossier du Sahara.

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