La Fédération nationale de l’eau potable (FNEP), affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT), a émis une alerte concernant l’évolution du modèle de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Le syndicat affirme que des plans visant à modifier le statut juridique du pôle production vers une société anonyme sont en cours, dépassant le stade de l’hypothèse.
Cette transformation potentielle intervient dans un contexte où le cabinet de conseil McKinsey & Company, en tandem avec Ernst & Young (EY), avait été mandaté par l’ONEE en avril 2025 pour mener une réflexion sur une transformation stratégique et structurelle majeure. Cette mission visait à moderniser l’office, améliorer sa performance et assurer sa durabilité face à des défis financiers, notamment un déficit de 7,3 milliards de dirhams enregistré en 2024.
Des signaux d’externalisation pointés du doigt
La fédération syndicale cite plusieurs éléments qu’elle juge préoccupants. Elle évoque un gel quasi total des recrutements et un recours croissant à la sous-traitance, y compris pour des missions stratégiques comme la maintenance ou l’exploitation. Selon l’UMT, certaines installations auraient déjà été confiées à des opérateurs privés, avec des cahiers des charges incluant des fonctions sensibles telles que le contrôle de la qualité de l’eau.
Pour les représentants des salariés, ces choix constituent un prélude à la remise en cause des missions historiques de l’Office. Ils dénoncent une dynamique de « basculement progressif vers un modèle externalisé ».
Un climat social tendu et des inquiétudes pour les agents
Sur le terrain, la fédération fait état de tensions. Elle rapporte des pressions exercées sur certains agents pour accepter des mutations ou abandonner leurs postes, dans un climat d’incertitude. L’absence de garanties claires sur l’avenir professionnel des employés est également soulignée.
Parallèlement, le projet de création d’une structure dédiée aux œuvres sociales, censée protéger les droits des employés et des retraités, serait gelé. Certaines sociétés régionales multiservices (SRM) sont par ailleurs accusées de revenir sur des engagements sociaux, invoquant des contraintes financières.
Critique d’un manque de transparence et de dialogue
La critique la plus sévère du syndicat porte sur l’opacité entourant le processus de transformation. L’UMT dénonce un « black-out organisé » autour des conclusions de l’étude menée par McKinsey & Company. La fédération estime que l’exclusion des travailleurs de l’accès à ces données alimente la défiance.
Elle pointe également la suspension du dialogue social, notant que des instances prévues par la loi, comme la commission d’entreprise, resteraient inactives malgré le contexte de restructuration.
Les recommandations initiales des cabinets de conseil
Les cabinets McKinsey & Company et Ernst & Young avaient formulé des recommandations à l’issue de leur mission. Celles-ci s’articulaient autour d’une transformation structurelle majeure pour sortir l’Office de sa crise financière et l’aligner sur les réalités du marché.
Il avait été question, entre autres, d’un retrait progressif de l’ONEE des activités de production et de distribution de l’électricité, et d’un recentrage sur ses missions de planification et de transport de l’énergie. Pour l’eau potable, la production (notamment via le dessalement) serait maintenue au sein de l’office, tandis que la distribution serait transférée aux SRM.
Les experts avaient aussi suggéré une transformation institutionnelle et juridique de l’office en Société Anonyme (SA) pour permettre une gestion plus agile et transparente, soumise au droit commercial. En matière de transition énergétique, ils recommandaient une accélération de l’intégration des énergies renouvelables.
Appel à l’intervention des pouvoirs publics
Face à cette situation, la Fédération nationale de l’eau potable de l’UMT appelle à une intervention urgente des pouvoirs publics, notamment du ministère de l’Intérieur. L’objectif avancé est d’apaiser le climat social et de rétablir la confiance.
Au-delà des revendications immédiates, le syndicat exige l’ouverture d’un débat public transparent sur l’avenir de l’ONEE, qu’il considère comme un pilier stratégique du service public. Il insiste sur la nécessité de clarifier les choix en cours et leurs implications pour les usagers et les agents.
La suite des événements dépendra des réponses apportées par la direction de l’ONEE et les autorités de tutelle aux inquiétudes soulevées. La reprise effective du dialogue social et la communication des grandes orientations stratégiques seront des éléments déterminants pour l’évolution du climat au sein de l’office et la poursuite des projets de modernisation.
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