La diplomatie scientifique, un atout stratégique encore marginal au Maroc

La diplomatie scientifique, un atout stratégique encore marginal au Maroc

Dans un contexte international marqué par des crises climatiques, énergétiques et sanitaires, les outils traditionnels de la diplomatie montrent leurs limites. Les experts et les observateurs des relations internationales soulignent de plus en plus le rôle crucial que pourrait jouer la diplomatie scientifique pour renforcer l’influence et la position du Maroc sur la scène mondiale. Cette approche, qui utilise la collaboration en matière de recherche, d’innovation et d’expertise technique comme vecteur de relations internationales, reste cependant sous-exploitée par le royaume.

La diplomatie scientifique consiste à intégrer la science, la technologie et l’innovation dans la conduite des affaires étrangères. Elle peut prendre la forme de partenariats de recherche internationaux, de co-construction de projets d’infrastructures scientifiques, ou de la participation à de grands programmes internationaux. Pour un pays comme le Maroc, confronté à des défis transversaux tels que le stress hydrique, la transition énergétique et la sécurité alimentaire, cette forme de diplomatie offre des perspectives concrètes.

Un potentiel aligné sur les priorités nationales

Les domaines dans lesquels le Maroc a développé une expertise reconnue, comme les énergies renouvelables, l’agriculture résiliente ou la gestion de l’eau, correspondent précisément aux enjeux globaux actuels. Ces secteurs pourraient servir de base à une diplomatie scientifique proactive. Des initiatives telles que la COP22, organisée à Marrakech en 2016, ont démontré la capacité du pays à servir de plateforme pour des dialogues internationaux fondés sur la science.

Les structures nécessaires à un développement de cette approche existent en partie. Le Maroc dispose d’un réseau d’universités et d’instituts de recherche, ainsi que d’agences spécialisées comme l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) en partenariat avec la France. Le pays participe également à des programmes de l’Union européenne, comme Horizon Europe. Toutefois, ces actions restent souvent sectorielles et ne sont pas systématiquement intégrées dans une stratégie diplomatique globale et coordonnée.

Les obstacles à une pleine réalisation

Plusieurs facteurs expliquent le retard relatif du Maroc dans ce domaine. La fragmentation des acteurs entre les ministères des Affaires étrangères, de l’Enseignement Supérieur, de l’Énergie et d’autres départements, complique la définition d’une ligne directrice unique. De plus, les moyens budgétaires alloués spécifiquement à la diplomatie scientifique sont limités, comparés aux enveloppes traditionnelles de la coopération.

Par ailleurs, le lien entre le monde de la recherche et les décideurs politiques, ainsi que les diplomates, n’est pas toujours fluide. Une meilleure circulation de l’information et une inclusion plus systématique des scientifiques dans les délégations officielles pourraient renforcer l’impact des positions marocaines dans les négociations internationales, notamment sur le climat ou la biodiversité.

Perspectives et prochaines étapes

Le renforcement de la diplomatie scientifique pourrait passer par la formalisation d’une feuille de route interministérielle. L’objectif serait d’identifier les domaines scientifiques où le Maroc possède un avantage comparatif et de les utiliser comme leviers dans ses relations bilatérales et multilatérales. Le renforcement des alliances avec les pays africains, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, constitue un autre axe potentiel, notamment autour des technologies adaptées au contexte continental.

Les prochains grands rendez-vous internationaux, notamment les conférences des parties (COP) sur le climat et la désertification, offriront des occasions de tester une approche plus intégrée. La capacité du Maroc à présenter des données scientifiques solides et à proposer des initiatives de coopération technique concrètes sera déterminante pour son leadership régional. L’évolution de cette dimension de la politique étrangère marocaine devrait être observable dans la composition de ses délégations et dans les priorités affichées de sa coopération internationale au cours des prochains mois.

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