Rabat — La filière laitière marocaine affiche une reprise significative de son activité après une période marquée par sept années consécutives de sécheresse et plusieurs chocs économiques. Cette dynamique positive a été confirmée par les professionnels du secteur lors d’une réunion tenue à Rabat le 15 mars 2025, sous l’égide du ministère de l’Agriculture. L’enjeu est crucial pour l’économie nationale, le lait et ses dérivés représentant un pilier de la consommation alimentaire au Maroc et un débouché pour des milliers d’éleveurs.
Selon les données présentées par la Fédération interprofessionnelle de la filière laitière (FIMALAIT), la production nationale de lait collecté a augmenté de 8 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Cette hausse intervient après une baisse cumulée de près de 20 % enregistrée entre 2017 et 2023. Les représentants du secteur attribuent ce rebond à une meilleure pluviométrie lors de la saison agricole 2023-2024, ainsi qu’à un renforcement des programmes d’appui à l’élevage.
Un contexte climatique historique
Le Maroc a subi sept années consécutives de sécheresse, de 2017 à 2023, ce qui a réduit les disponibilités fourragères et affecté la santé des troupeaux. Cette situation a entraîné une baisse de la production laitière et une augmentation des coûts d’alimentation animale. Les éleveurs ont dû réduire leurs cheptels, notamment dans les régions les plus touchées comme le Souss-Massa et le Nord du pays.
Les autorités ont répondu par des mesures d’urgence, dont des subventions pour l’importation de maïs et de soja destinés à l’alimentation du bétail. Ces dispositifs ont été maintenus jusqu’en 2024. La FIMALAIT précise que le nombre d’éleveurs adhérents aux coopératives laitières est resté stable à 45 000, signe d’une résilience professionnelle malgré les difficultés.
Vers une modernisation de la filière
La stratégie de relance repose sur plusieurs axes. Un plan de modernisation des centres de collecte est en cours, avec l’installation de 120 nouvelles unités de réfrigération dans les zones rurales d’ici 2026. L’objectif est de réduire les pertes post-collecte, estimées à 12 % du volume total en 2023. Parallèlement, le ministère de l’Agriculture a lancé un programme de formation pour 2 000 éleveurs sur les pratiques d’élevage intensif durable.
Le gouvernement vise également à stabiliser les prix du lait à la consommation. Le prix moyen du litre de lait pasteurisé est actuellement de 8,50 dirhams (environ 0,80 euro), soit une hausse de 5 % par rapport à 2023. Les autorités affirment que cette augmentation est liée à l’inflation des intrants et non à une spéculation.
Impact sur l’économie et la sécurité alimentaire
La filière laitière contribue à hauteur de 3,5 % du produit intérieur brut agricole marocain et emploie directement 150 000 personnes. Le secteur assure environ 60 % de la couverture des besoins nationaux en produits laitiers, le reste étant importé sous forme de poudre de lait. La relance de la production locale vise à réduire cette dépendance aux importations.
Les professionnels du secteur prévoient que la production nationale pourrait retrouver son niveau d’avant-crise de 2,5 milliards de litres par an d’ici 2027, si les conditions climatiques restent favorables et si les investissements se poursuivent. Un plan d’investissement de 1,2 milliard de dirhams (110 millions d’euros) a été annoncé pour la période 2025-2028, cofinancé par l’État et des partenaires privés.
La prochaine étape sera la mise en œuvre d’un système de traçabilité obligatoire pour le lait cru, prévu pour le 1er janvier 2026. Ce dispositif devrait améliorer la qualité sanitaire et faciliter l’accès aux marchés d’exportation. Les autorités marocaines étudient également la possibilité d’ouvrir des négociations avec l’Union européenne pour un quota d’exportation de produits laitiers transformés.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire