Plus de 1,5 million d’emplois menacés par l’IA au Maroc d’ici 2030, selon une étude

Plus de 1,5 million d’emplois menacés par l’IA au Maroc d’ici 2030, selon une étude

Le Centre africain pour les études stratégiques et la digitalisation (CAESD) a publié, ce mercredi, un rapport selon lequel le marché du travail marocain fait face à une transformation profonde sous l’effet de l’intelligence artificielle (IA). L’étude estime que plus de 1,5 million d’emplois pourraient être directement affectés d’ici 2030, soit environ 12 % des postes dans les secteurs formels et informels du pays.

Le rapport, intitulé « Impact de l’IA sur l’emploi au Maroc : défis et opportunités », a été présenté lors d’une conférence de presse à Rabat. Il s’appuie sur des données macroéconomiques et des projections sectorielles réalisées par une équipe de chercheurs marocains et internationaux. Selon le CAESD, l’analyse couvre les secteurs de l’industrie manufacturière, des services, du transport, de la logistique et de l’agriculture intensive.

Des secteurs particulièrement exposés

Les auteurs du rapport précisent que les emplois les plus vulnérables sont ceux qui impliquent des tâches répétitives et prévisibles. Dans l’industrie manufacturière, près de 400 000 postes pourraient être automatisés ou remplacés par des systèmes d’IA, notamment dans le textile, l’agroalimentaire et la sous-traitance électronique. Le secteur des services, qui emploie une large main-d’œuvre dans la vente, la comptabilité et la gestion administrative, pourrait perdre environ 600 000 emplois.

Le transport et la logistique sont également cités comme des domaines à risque. L’essor des véhicules autonomes et des systèmes de gestion intelligente des entrepôts pourrait réduire la demande de conducteurs, de manutentionnaires et de livreurs. Le rapport mentionne que jusqu’à 200 000 emplois dans ce secteur pourraient disparaître ou être profondément transformés.

Des opportunités de création d’emplois

L’étude ne se limite pas à un constat alarmiste. Le CAESD souligne que l’IA pourrait également générer entre 800 000 et 1 million de nouveaux emplois d’ici 2030, principalement dans les domaines de la data science, de la cybersécurité, de la maintenance des systèmes automatisés et de la formation professionnelle. Ces nouveaux postes exigeront des compétences techniques pointues, ce qui implique une réforme des systèmes d’éducation et de formation au Maroc.

Le rapport insiste sur la nécessité d’anticiper ces mutations. Il recommande la mise en place d’un observatoire national de l’emploi numérique, la création de programmes de reconversion accélérée pour les travailleurs affectés, et l’adaptation des cursus universitaires aux besoins du marché de l’IA. Le CAESD estime que le Maroc dispose d’une fenêtre de cinq à sept ans pour se préparer à ces changements.

Les chercheurs notent également que les entreprises marocaines doivent investir dans la formation continue de leurs employés. Sans une stratégie nationale proactive, le risque d’un chômage structurel élevé et d’une aggravation des inégalités sociales est réel, en particulier dans les régions où l’industrie manufacturière est dominante, comme Casablanca, Tanger et Fès.

Le rapport indique que le gouvernement marocain a déjà lancé plusieurs initiatives, telles que le plan Maroc Digital 2025 et le programme « Compétences pour le futur ». Toutefois, le CAESD estime que ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du défi. L’étude appelle à une accélération des réformes et à une collaboration renforcée entre les secteurs public et privé.

Selon les prévisions du CAESD, l’impact réel de l’IA sur l’emploi au Maroc dépendra largement de la vitesse d’adoption des technologies par les entreprises et de l’efficacité des politiques publiques d’accompagnement. Le centre prévoit de publier des mises à jour annuelles de ce rapport pour suivre l’évolution de la situation et ajuster les recommandations.

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