Cannabis : le Maroc franchit une étape majeure avec l’exportation d’un extrait pharmaceutique certifié GMP

Cannabis : le Maroc franchit une étape majeure avec l’exportation d’un extrait pharmaceutique certifié GMP

Rabat. L’industrie pharmaceutique marocaine vient de marquer un tournant historique. Cannaflex Maroc et le laboratoire Sothema ont annoncé avoir réalisé la toute première exportation d’un extrait de cannabis produit au Maroc, certifié conformément aux bonnes pratiques de fabrication (GMP, selon le sigle anglais). Cette opération a eu lieu en novembre 2024 et concerne un extrait pharmaceutique destiné à un client international dont le nom n’a pas été divulgué.

La certification GMP, délivrée par les autorités sanitaires compétentes, garantit que le produit a été fabriqué dans le respect des normes les plus strictes de qualité, de traçabilité et de sécurité. Pour le Maroc, cette exportation constitue une première dans le domaine du cannabis à usage médical et industriel.

Une avancée réglementaire et industrielle

Cette exportation s’inscrit dans le cadre de la loi 21-18 relative aux usages licites du cannabis, adoptée en 2021. Ce texte a permis la création d’une filière légale encadrée par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC). Depuis, plusieurs coopératives et opérateurs privés ont obtenu des licences pour la culture, la transformation et l’exportation de produits dérivés.

Le complexe industriel de Cannaflex Maroc, situé à Berkane, est l’un des premiers au Maroc à obtenir cette certification GMP pour la production d’extraits standardisés. Sothema, de son côté, est un laboratoire pharmaceutique national de premier plan, spécialisé dans la fabrication de médicaments génériques et de produits innovants.

Les caractéristiques techniques de l’extrait exporté

L’extrait exporté est un produit pharmaceutique standardisé contenant des cannabinoïdes spécifiques, notamment le CBD (cannabidiol) et le CBG (cannabigérol). Ces molécules sont utilisées dans la recherche clinique et dans la formulation de médicaments destinés au traitement de certaines pathologies, telles que l’épilepsie réfractaire, la douleur chronique ou les troubles anxieux. L’extrait est conditionné sous forme de matière première active (API) destinée à être intégrée dans des médicaments par les clients étrangers.

Selon les responsables des deux entreprises, l’exportation a été précédée de plusieurs audits réalisés par des organismes de certification internationaux. Le produit final a été soumis à des tests de pureté, de stabilité et de concentration, conformément aux normes pharmaceutiques en vigueur.

Implications économiques et perspectives pour le secteur

Cette première exportation ouvre des perspectives prometteuses pour l’économie marocaine. Le Maroc ambitionne de devenir un pôle régional de production de cannabis médical et industriel, en s’appuyant sur des savoir-faire locaux et des infrastructures modernes. La filière, qui emploie déjà plusieurs milliers de personnes dans les régions du Rif, pourrait générer à terme des recettes d’exportation significatives.

Selon des estimations officielles, le marché mondial du cannabis médical devrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars d’ici 2030. Le Maroc entend capter une part de ce marché, notamment grâce à la certification GMP qui constitue un sésame pour les clients européens et nord-américains.

Les autorités marocaines accompagnent cette dynamique via des mesures de soutien technique et financier destinées aux coopératives locales. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour harmoniser les normes marocaines avec les standards internationaux, notamment ceux de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale de la santé.

Cette avancée majeure intervient alors que plusieurs pays africains, comme l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Lesotho, développent également des filières de cannabis médical. Le Maroc, fort de son historique de production traditionnelle et de ses infrastructures modernes, se positionne comme un leader potentiel sur le continent.

Dans les prochains mois, d’autres exportations sont attendues de la part d’opérateurs agréés, notamment dans les régions de Taounate, Al Hoceïma et Chefchaouen. L’ANRAC a indiqué que plus de 200 licences de culture ont été délivrées à ce jour, et que les premières récoltes légales ont été transformées en 2024. La montée en puissance de la filière devrait se poursuivre en 2025, avec le lancement de nouveaux projets industriels et de partenariats internationaux.

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