Une étude sociologique récente, publiée dans la revue Omrane, révèle que l’attitude des Marocains envers les migrants subsahariens repose désormais sur des considérations pragmatiques plutôt que religieuses ou raciales. Menée par Aziz Machouat, professeur à l’Université Hassan II de Casablanca, et Mehdi Jafaar, chercheur à l’Université de Fès, l’enquête intitulée « La conscience de l’altérité entre religion et utilitarisme » montre que l’acceptation de l’autre dépend d’un équilibre entre bénéfices mutuels et comportements quotidiens.
Des critères économiques et sociaux prévalent
Selon les auteurs, l’image du migrant subsaharien n’est plus façonnée par la solidarité confessionnelle ou l’origine géographique, mais par son utilité sociale et économique. La relation entre la société d’accueil et les nouveaux arrivants est devenue une relation de besoins et d’intérêts. Cette dynamique est particulièrement visible chez les commerçants et les étudiants en situation régulière, perçus comme des acteurs civilisés qui revitalisent l’économie locale et animent les quartiers.
Lorsque le migrant respecte les règles du vivre-ensemble et apporte une valeur ajoutée, les barrières tombent au profit d’une forme de fraternité dictée par la réussite économique. Certains citoyens invoquent même un principe de réciprocité, comparant la situation de ces migrants à celle de la diaspora marocaine en Europe ou en Amérique.
Une rupture face à la migration irrégulière
L’étude met en lumière une rupture brutale dès qu’il s’agit de migration irrégulière. L’absence de statut légal alimente des représentations négatives, où le migrant est perçu comme un facteur de dégradation. Les chercheurs identifient deux figures stigmatisantes : celle du destructeur, associée à l’insalubrité et à l’occupation informelle de l’espace public, notamment aux abords de la gare Ouled Ziane à Casablanca ; et celle du criminel, dont l’absence d’identité officielle nourrit un sentiment d’insécurité et d’impunité chez les riverains.
Une mutation structurelle de la société marocaine
Pour les auteurs, ce passage à une « culture de l’intérêt » reflète une mutation structurelle du Maroc, devenu une société de consommation où les besoins individuels se sont amplifiés. Dans un contexte de fragilité économique pour une partie de la jeunesse locale, la vision de l’étranger devient purement fonctionnelle : le migrant est intégré s’il est jugé utile, mais marginalisé s’il est perçu comme une charge ou une source de dommages.
L’étude conclut que ces perceptions ne sont pas de simples choix individuels, mais le résultat de transformations politiques et économiques globales qui redéfinissent les règles de la cohabitation au Maroc. Ces résultats pourraient nourrir les politiques publiques d’intégration, alors que le pays continue d’accueillir des flux migratoires subsahariens dans un contexte de réformes législatives et de débats sur la régularisation.
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