Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Mohammed Sadiki, a vivement critiqué les pratiques spéculatives observées sur le marché des ovins au Maroc. Lors d’une intervention publique tenue mardi 4 mars 2025 à Rabat, le ministre a qualifié ces comportements d’“illogiques” et a appelé à une régulation plus stricte du secteur.
Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions accrues sur le cheptel national, où le coût de la vie ne cesse d’augmenter. La question de l’importation des moutons suscite depuis plusieurs semaines des interrogations parmi les éleveurs et les consommateurs marocains, alors que l’approche de l’Aïd al-Adha exacerbe la demande saisonnière.
Hausse des prix et spéculation sur le marché des ovins
Selon les données officielles du ministère de l’Agriculture, le prix du mouton vivant a enregistré une augmentation de 15 à 20 % par rapport à la même période de l’année précédente. Les spéculateurs, agissant principalement sur les marchés de gros à Casablanca, Marrakech et Fès, sont accusés de gonfler artificiellement les prix en stockant des animaux pour les revendre plus cher.
Le ministre a précisé que les prix à la production n’ont pas suivi la même hausse, ce qui indique un écart anormal entre les coûts supportés par les éleveurs et les tarifs finaux imposés aux consommateurs. “Ce n’est pas logique que les prix flambent alors que l’offre nationale reste stable”, a-t-il déclaré, en présence de représentants de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges.
Importations et situation du cheptel national
Pour faire face à la demande croissante, le gouvernement a autorisé en février 2025 l’importation de 100 000 têtes d’ovins en provenance d’Espagne et de Roumanie. Toutefois, ces importations n’ont pas encore eu l’effet escompté sur les prix. Les premiers lots sont arrivés au port de Casablanca le 1er mars, mais leur distribution sur le marché intérieur reste lente.
Le cheptel ovin national est estimé à 18 millions de têtes, mais la sécheresse persistante depuis trois ans a réduit les capacités de reproduction de 8 %, selon le ministère. La situation est particulièrement critique dans les régions du Souss-Massa et de l’Oriental, où les éleveurs signalent une baisse de 12 % du nombre de mises bas.
Réactions des professionnels et mesures annoncées
La Fédération interprofessionnelle des viandes rouges a exprimé son soutien aux critiques du ministre. Son président, Omar Benali, a souligné que “la transparence sur les prix est essentielle pour restaurer la confiance des consommateurs”. De leur côté, les associations de consommateurs, comme l’Union marocaine des consommateurs, réclament des contrôles renforcés sur les marchés de gros.
Le ministère a annoncé la mise en place immédiate d’une commission de surveillance composée d’inspecteurs de la concurrence et des prix. Cette commission aura pour mission de vérifier les marges pratiquées par les intermédiaires et de sanctionner les abus, conformément à la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence.
Vers une régulation accrue du marché des moutons
Le ministre a également indiqué que des discussions sont en cours avec les autorités locales pour améliorer la logistique d’approvisionnement et réduire les délais entre l’importation et la vente au détail. Une réunion de suivi est prévue pour le 15 mars avec les principaux acteurs de la filière ovine.
Alors que l’Aïd al-Adha approche, prévu pour le 8 juin 2025, les autorités espèrent que ces mesures permettront de stabiliser les prix et de protéger le pouvoir d’achat des ménages marocains. Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer l’efficacité des actions annoncées face à une spéculation qui, selon le ministre, “n’a pas sa place dans un marché régulé”.
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