Le marché de l’assurance participative, connu sous le nom de Takaful, poursuit son expansion au Maroc pour la troisième année consécutive. Selon les données compilées par les autorités de régulation, les primes émises cumulées par les quatre opérateurs agréés ont atteint 65,8 millions de dirhams à la clôture de l’exercice 2024, contre 48,2 millions de dirhams en 2022.
Cette progression représente un taux de croissance annuel moyen supérieur à 16 % sur la période observée. Les acteurs du secteur attribuent cette dynamique à une demande croissante pour des produits conformes aux principes de la finance islamique, notamment dans les segments de l’assurance automobile, de l’assurance habitation et de la couverture santé individuelle.
Malgré cette tendance haussière, le poids du Takaful dans le marché global de l’assurance au Maroc demeure marginal. Avec une part estimée à moins de 1 % du total des primes du secteur, le segment reste confronté à plusieurs obstacles structurels. La faible notoriété des produits auprès du grand public, le nombre limité de distributeurs et l’absence de certains types de couverture font partie des freins identifiés par les experts.
Contexte réglementaire et perspectives
Le cadre juridique du Takaful a été fixé par la loi n° 59-13 relative à l’assurance participative, promulguée en 2016. Cette loi a permis l’agrément de quatre compagnies : Wafa Takaful, MCMA Takaful, Atlanta Takaful et Marocaine Takaful. Ces opérateurs proposent des contrats dont le fonctionnement repose sur un mécanisme de mutualisation des risques conforme à la charia.
Les autorités de supervision, notamment l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale, ont encouragé le développement de ce segment à travers des campagnes d’information et des adaptations réglementaires. Toutefois, l’absence de produits Takaful en épargne retraite et en couverture vie complexe limite l’attractivité du secteur auprès d’une clientèle potentiellement intéressée.
Les analystes du secteur estiment que le taux de pénétration du Takaful pourrait augmenter si les opérateurs élargissent leur gamme de produits et renforcent leur réseau de distribution, notamment via les banques et les agents généraux. Une meilleure communication sur les avantages fiscaux liés à certains contrats pourrait également stimuler la demande.
Comparaison avec d’autres marchés
À l’échelle de la région MENA, le Maroc se situe en retard par rapport à des pays comme l’Arabie saoudite, la Malaisie ou les Émirats arabes unis, où la part du Takaful dépasse 10 % du marché de l’assurance. Ces marchés bénéficient d’un cadre réglementaire plus mature et d’une offre de produits plus diversifiée.
Au Maroc, les quatre opérateurs Takaful représentent ensemble moins de 200 millions de dirhams de primes globales, contre plus de 40 milliards de dirhams pour l’ensemble du secteur de l’assurance. L’écart illustre le potentiel de croissance encore inexploité, mais aussi les défis à surmonter pour démocratiser ce mode de couverture.
Les acteurs du secteur prévoient une accélération de la croissance dans les prochains exercices, portée par l’entrée en vigueur de nouvelles obligations d’assurance pour certaines professions et par le développement de l’éducation financière. Les autorités devraient également publier prochainement un rapport d’évaluation de l’impact de la loi 59-13, lequel pourrait recommander des ajustements pour améliorer la compétitivité des produits Takaful face à l’assurance conventionnelle.
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