Le Maroc face au défi de transformer son avantage géographique en écosystème logistique intégré

Le Maroc face au défi de transformer son avantage géographique en écosystème logistique intégré

Rabat – Dans un contexte mondial marqué par une profonde réorganisation des chaînes de valeur, notamment à travers le phénomène de nearshoring, le Maroc interroge sa capacité à attirer les investissements logistiques stratégiques. Un constat dressé par l’expert Rachid Tahri, qui estime que le Royaume doit franchir un cap pour tirer pleinement parti de sa position géographique.

Un avantage géographique sous-exploité

Rachid Tahri, spécialiste des questions logistiques, a souligné que la situation du Maroc, à la croisée des routes maritimes entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, constitue un atout indéniable. Toutefois, cet avantage n’est pas encore suffisamment converti en un écosystème logistique performant et intégré. Selon lui, le pays doit aller au-delà de la simple infrastructure portuaire pour développer une chaîne logistique complète.

Cette chaîne devrait inclure des zones de stockage modernes, des plateformes de distribution multimodales, ainsi que des services numériques de gestion des flux. Sans cela, le Maroc risque de voir passer à côté des investissements majeurs que les entreprises internationales relocalisent depuis l’Asie vers des destinations plus proches de leurs marchés de consommation.

Les enjeux du nearshoring pour le Maroc

Le nearshoring, ou la relocalisation des activités industrielles et logistiques à proximité des marchés finaux, représente une opportunité historique pour le Maroc. Les entreprises européennes, notamment françaises et espagnoles, cherchent à réduire leurs dépendances aux chaînes d’approvisionnement lointaines, tout en diminuant leurs coûts de transport et leur empreinte carbone.

Pourtant, le Royaume doit encore relever plusieurs défis. Parmi eux, la simplification des procédures douanières, l’amélioration de la connectivité numérique entre les ports et les zones industrielles, ainsi que la formation de la main-d’œuvre aux métiers de la logistique 4.0. M. Tahri a insisté sur la nécessité d’une coordination entre les acteurs publics et privés pour créer un environnement propice à cet essor.

Des infrastructures existantes mais insuffisantes

Le Maroc dispose déjà de grands complexes portuaires, comme Tanger Med, qui figure parmi les premiers hubs de transbordement en Afrique et en Méditerranée. Cependant, selon l’expert, l’efficacité de ces infrastructures doit être renforcée par un réseau de transport terrestre et ferroviaire plus intégré. L’objectif est de permettre un acheminement rapide et peu coûteux des marchandises vers les zones de consommation et de production.

L’absence d’un système logistique « de bout en bout » limite l’attractivité du Maroc pour les investisseurs. Ceux-ci recherchent des solutions clés en main, où la gestion des stocks, le conditionnement, la distribution et la traçabilité sont assurées de manière fluide et transparente.

Des réformes attendues dans le secteur

Pour répondre à ces exigences, plusieurs réformes sont en discussion au sein des instances économiques nationales. Il s’agit notamment de la mise en place d’une stratégie nationale de la logistique à l’horizon 2030, qui prévoit la création de zones logistiques intégrées dans les principales régions économiques du pays. Un fonds d’investissement dédié à la modernisation des équipements et à la digitalisation des procédures est également à l’étude.

Les experts consultés estiment que ces mesures, si elles sont concrétisées, pourraient faire du Maroc une plateforme incontournable pour les échanges entre l’Europe et l’Afrique. Le pays pourrait ainsi capter une part significative des flux de marchandises qui se déplacent actuellement vers d’autres destinations méditerranéennes.

Vers une feuille de route coordonnée

Selon des sources proches du dossier, un comité interministériel devrait être prochainement mis en place pour superviser la mise en œuvre de cette stratégie. Ce comité aura pour mission de coordonner les actions des différents départements (transport, industrie, commerce, finances) et d’élaborer une feuille de route chiffrée avec des objectifs clairs à court et moyen terme.

Les premières annonces concrètes pourraient intervenir dans le cadre des prochaines assises nationales de la logistique, prévues au premier semestre 2025. L’objectif affiché est de doubler la part du secteur logistique dans le PIB national d’ici 2030, en passant de 8 % actuellement à près de 15 %.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.