Rabat – Lors de l’émission «L’Info en Face» diffusée sur Matin TV, deux experts de la Banque mondiale ont présenté une analyse détaillée des obstacles qui entravent la mise en œuvre du nouveau modèle de croissance au Maroc. Javier Diaz Cassou, économiste principal au sein du Groupe Banque mondiale au Maroc, et Cristina Moreno, responsable du pôle conseil et dialogue de la Banque pour la région Maghreb, ont exposé les conclusions préliminaires d’un rapport en cours d’élaboration.
Un diagnostic macroéconomique sans précédent
Selon Javier Diaz Cassou, le Maroc fait face à des défis structurels qui limitent l’efficacité des réformes engagées depuis 2020. Il a souligné que la croissance économique reste tributaire des fluctuations climatiques et des performances du secteur agricole, ce qui freine la transformation productive souhaitée dans le cadre du nouveau modèle de développement. L’économiste a précisé que la diversification des exportations reste insuffisante, avec une concentration excessive sur les secteurs automobile et aéronautique, exposant l’économie à des chocs extérieurs.
Cristina Moreno a ajouté que les disparités régionales persistent, malgré les investissements publics dans les régions moins développées. Elle a noté que l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises demeure un goulet d’étranglement, limitant la création d’emplois formels et la montée en gamme des chaînes de valeur locales.
Les recommandations de la Banque mondiale
Les deux intervenants ont plaidé pour une accélération des réformes dans trois domaines clés : le climat des affaires, la transition énergétique et le capital humain. Javier Diaz Cassou a insisté sur la nécessité de réduire la bureaucratie et de renforcer la prévisibilité des réglementations, afin d’attirer davantage d’investissements directs étrangers productifs. Il a également recommandé de mieux cibler les subventions publiques, en les orientant vers les ménages les plus vulnérables plutôt que vers des secteurs protégés.
Concernant le capital humain, Cristina Moreno a souligné que le système éducatif marocain peine à fournir les compétences techniques requises par les entreprises, en particulier dans les domaines du numérique et de l’ingénierie. Elle a préconisé un alignement accru entre les programmes de formation et les besoins du marché du travail, citant des expériences internationales dans des économies émergentes comparables.
Les implications pour l’emploi et l’investissement
Les experts ont rappelé que le taux de chômage, notamment chez les jeunes diplômés, reste préoccupant, dépassant 25% dans certaines régions urbaines. Ils ont associé cette situation à un manque de dynamisme des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme l’agroalimentaire ou le textile, qui souffrent d’une faible compétitivité internationale. Cristina Moreno a noté que la réforme du secteur informel, qui représente près de 40% de l’emploi total, est essentielle pour améliorer la productivité et la protection sociale.
Sur le plan fiscal, Javier Diaz Cassou a évoqué la nécessité de moderniser l’administration fiscale pour élargir l’assiette et réduire la pression sur les entreprises formelles. Il a mentionné que le Maroc dispose d’une marge de manœuvre pour financer les investissements publics sans compromettre la soutenabilité de la dette, à condition d’améliorer l’efficacité des dépenses.
Un calendrier de réformes à préciser
Le rapport final de la Banque mondiale, dont les conclusions préliminaires ont été présentées lors de cette émission, devrait être publié au cours du premier semestre 2025. Il servira de base de dialogue entre le gouvernement marocain et les institutions financières internationales pour la programmation des financements futurs. Les experts ont indiqué que des groupes de travail techniques seront constitués dans les prochaines semaines pour approfondir les recommandations sectorielles, notamment dans les domaines de la transition énergétique et de la digitalisation de l’administration.
L’exécutif marocain n’a pas encore réagi publiquement à ces analyses, mais des sources proches du ministère de l’Économie et des Finances indiquent que les pistes proposées rejoignent certaines orientations déjà inscrites dans le projet de loi de finances 2025, en particulier pour ce qui concerne la réforme des subventions et la simplification des procédures d’investissement.
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