Rabat. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) engage une réflexion stratégique pour valoriser ses infrastructures hydrauliques. La Branche Eau de l’établissement public prévoit le lancement d’une étude de faisabilité technico-économique. Cette initiative vise à examiner la production d’électricité à partir du réseau d’eau potable, une première dans le royaume.
Un projet innovant dans le secteur hydraulique
L’étude, dont les contours précis n’ont pas encore été officialisés, portera sur l’installation de turbines hydroélectriques sur les conduites d’eau potable. Le principe est simple : exploiter la pression naturelle du flux d’eau pour générer de l’énergie sans construire de barrage. Cette technique, connue sous le nom de micro ou petite hydroélectricité in situ, se développe dans plusieurs pays européens.
L’objectif affiché par l’ONEE est double. D’une part, il s’agit de décarboner le processus de distribution d’eau. D’autre part, l’office souhaite diversifier ses sources de production électrique renouvelable. Le réseau d’eau potable marocain, vaste et parfois sous pression importante, offre un potentiel technique qui reste à quantifier.
Un contexte énergétique favorable
Cette exploration s’inscrit dans la stratégie nationale de transition énergétique. Le Maroc vise 52 % de capacités électriques installées à partir de sources renouvelables d’ici 2030. L’hydroélectricité, bien que moins médiatisée que le solaire ou l’éolien, reste un pilier stable de ce mix. En 2023, l’ONEE a déjà mis en service la station de transfert d’énergie par pompage (STEP) d’Afourer, d’une capacité de 465 mégawatts.
La particularité de ce nouveau projet est son faible impact environnemental. Contrairement aux grands barrages, l’installation de microturbines sur les canalisations existantes ne nécessite pas de nouvelles emprises foncières majeures. Elle ne perturbe pas non plus les écosystèmes aquatiques locaux.
Des défis techniques et économiques
L’étude de faisabilité devra répondre à plusieurs questions clés. Le premier défi est technique : il faut garantir que l’installation des turbines n’affecte pas la qualité ni la pression de l’eau distribuée aux usagers. Le second défi est économique : le coût d’installation par kilowatt produit est généralement plus élevé que pour de grandes centrales. L’équilibre financier dépendra du nombre de sites identifiés et de leur productivité.
Les experts estiment que le potentiel théorique est significatif, mais que sa réalisation concrète dépendra du cadre réglementaire et des tarifs de rachat de l’électricité produite. Une expérimentation pilote sur un tronçon du réseau de la région de Casablanca Settat pourrait être envisagée dans un second temps.
Prochaines étapes et perspectives
L’ONEE n’a pas encore communiqué de calendrier précis pour la finalisation de l’étude. Les premières conclusions techniques et économiques devraient être rendues publiques dans un délai de douze à dix huit mois. Si les résultats s’avèrent positifs, un déploiement progressif sur l’ensemble du réseau national pourrait être programmé à l’horizon 2027 2028.
Ce projet, s’il aboutit, permettrait à l’office de produire plusieurs mégawatts supplémentaires d’énergie propre. Il renforcerait également l’autonomie énergétique des infrastructures d’eau, un enjeu crucial dans un contexte de stress hydrique croissant au Maroc.
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