Alors que le mouvement de grève des avocats au Maroc entre dans son quatrième mois, l’ancien ministre de la Justice, El Mostafa Ramid, a pris position publiquement pour demander une suspension de la mobilisation. Dans un message publié sur sa page Facebook, il estime que la poursuite de la grève est contre-productive et appelle à une trêve jusqu’à la formation du prochain gouvernement.
Un appel à la suspension pour sortir de l’impasse
Me Ramid, qui s’est présenté en robe noire devant la Cour d’appel de Casablanca, a justifié sa position par des considérations de calendrier. Selon lui, la poursuite de la grève en pleine période électorale mène à une impasse, le pays étant dans un « temps mort » législatif où aucune négociation sérieuse n’est possible. Il recommande donc de suspendre le mouvement jusqu’à la mise en place du prochain gouvernement, afin de rouvrir le dialogue sur des bases nouvelles.
L’ancien ministre pointe également un flou dans les revendications des avocats. Il affirme que le texte contesté a été tellement modifié depuis la mouture initiale du ministère de la Justice qu’il est difficile de déterminer précisément ce que les avocats acceptent ou rejettent. Il regrette l’absence de document consensuel émanant des instances à l’origine de la grève, et dénonce des dérapages sur les réseaux sociaux, incompatibles selon lui avec les usages de la profession.
Une critique de la stratégie de grève
Sur le rapport de forces, l’ancien ministre est sans détour. Il évoque une « confrontation déséquilibrée avec le gouvernement », menée sans soutien sociétal assez large et dont l’issue serait déjà connue. Il conteste la pertinence de la grève comme arme de négociation, rappelant qu’elle pénalise avant tout les justiciables et les avocats eux-mêmes.
Il appuie son raisonnement sur des arguments juridiques, citant l’article 50 de la nouvelle loi, qui interdirait toute cessation collective totale d’activité envers la justice, et l’article 21 de la loi organique sur le droit de grève, qui imposerait un service minimum dans les secteurs vitaux, dont la justice fait partie. Selon lui, le mouvement n’a pas respecté ces obligations.
Le point le plus sensible de sa sortie concerne l’assistance aux personnes détenues. Me Ramid juge inadmissible que des avocats cessent d’assister des détenus dans des affaires pénales, rappelant que la défense doit rester du côté de la liberté, même face à une loi jugée injuste. Il craint que les tribunaux ne s’habituent à juger sans avocats, une pratique qui pourrait fragiliser la profession de manière irréversible.
Des réactions contrastées au sein de la profession
Cette prise de position a suscité des réactions vives dans les rangs des avocats. Plusieurs voix contestent la lecture de l’ancien ministre, alors que l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) maintient sa ligne dure : suspension totale des prestations, y compris l’aide juridictionnelle. Une assemblée générale extraordinaire est prévue le 5 septembre à Rabat pour arrêter de nouvelles mesures.
El Mostafa Ramid ne dédouane pas pour autant le gouvernement. Il reconnaît que l’Exécutif a mal géré ce dossier dès le départ, pointant notamment des propos du ministre de la Justice qu’il juge blessants envers la profession.
Un mouvement qui dépasse les 100 jours
Le mouvement de grève des avocats a désormais dépassé les 100 jours de paralysie judiciaire. Les prochaines semaines seront décisives, avec l’assemblée générale de l’ABAM prévue début septembre et la formation attendue du nouveau gouvernement. La question de la reprise du dialogue reste ouverte, mais l’appel à la trêve de l’ancien ministre pourrait ouvrir une brèche dans le front des avocats.
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