La Fédération espagnole de football attise les tensions autour du Mondial 2030

La Fédération espagnole de football attise les tensions autour du Mondial 2030

Le président de la Fédération royale espagnole de football (RFEF), Rafael Louzán, s’est rendu le 4 septembre à Sebta, enclave occupée par l’Espagne au nord du Maroc, pour y exposer le trophée de la Coupe du monde remporté par la Roja lors de l’été 2026. Cette visite intervient dans un contexte de co-organisation du Mondial 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Sur place, M. Louzán a déclaré qu’« il n’y a pas de meilleur endroit que Sebta » et que les habitants ont prouvé « leur appartenance à l’Espagne ». Ces propos, rapportés par la presse espagnole, ont immédiatement suscité des réactions dans les milieux sportifs et politiques marocains, qui y voient une instrumentalisation de la compétition à des fins de politique intérieure.

Des déclarations perçues comme une provocation

La visite de Rafael Louzán à Sebta est interprétée par de nombreux observateurs comme une tentative d’utiliser la vitrine du football mondial pour marquer des points sur la question de la souveraineté espagnole sur cette enclave, revendiquée par le Maroc. En associant la situation migratoire et sécuritaire à Sebta aux discussions sur l’attribution des matchs, la direction de la RFEF semble vouloir imposer un rapport de force dans le comité tripartite chargé de l’organisation.

Cette manœuvre contraste avec l’esprit de concertation qui avait prévalu lors du dépôt de la candidature commune. Le dossier, présenté comme un pont stratégique entre l’Afrique et l’Europe, reposait sur un principe de parité et de codécision entre les trois fédérations.

Des revendications logistiques contestées

Rafael Louzán a également rappelé que l’Espagne revendique la prise en charge de « 55 % de l’organisation » de la compétition, s’appuyant sur les récents succès sportifs de la sélection espagnole. Cette position unilatérale est perçue par les partenaires marocains comme une tentative d’imposer l’attribution de la finale sans réelle négociation.

Le Mondial 2030 doit célébrer le centenaire de la Coupe du monde. Sa réussite dépend de la coopération entre les trois pays hôtes, qui doivent coordonner la logistique, la sécurité et les infrastructures dans un climat de confiance mutuelle. Toute polarisation autour de questions territoriales risque de compliquer les préparatifs, notamment en ce qui concerne le calendrier des matchs et la répartition des responsabilités.

La question migratoire, régulièrement évoquée par les autorités espagnoles, est un sujet sensible qui avait été volontairement écarté des discussions sportives lors de la préparation du dossier. En la ramenant sur le terrain, la RFEF rompt avec une neutralité qui semblait avoir été acceptée par tous les partenaires.

Un équilibre fragile à préserver

Le Maroc, de son côté, insiste sur la nécessité de maintenir un cadre de coopération équilibré. Les responsables marocains rappellent que les trois pays ont signé des engagements communs pour garantir une organisation conjointe et transparente. Dans ce cadre, les décisions doivent continuer à être prises par consensus, comme cela avait été convenu.

Lors de la prochaine réunion du comité de coordination, qui doit se tenir dans les prochaines semaines, les trois fédérations devront évoquer le calendrier des travaux préparatoires et la répartition finale des stades. Les discussions devront également clarifier la position espagnole après ces déclarations ainsi que l’impact potentiel sur la feuille de route adoptée en 2024.

La FIFA, qui supervise l’organisation de la compétition, pourrait être amenée à rappeler les règles de neutralité et de bonne coopération si de tels écarts se reproduisaient. Le précédent de la Coupe du monde 2026, attribuée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a montré que les tensions entre pays hôtes peuvent être gérées dans un cadre multilatéral strict.

D’ici là, les regards se tournent vers la RFEF, qui devra confirmer si elle entend maintenir cette posture ou revenir à une approche plus concertée, conforme aux attentes de ses partenaires marocain et portugais.

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