Lutte contre la cybercriminalité : la Déclaration d’Abou Dhabi fixe un cap mondial

Lutte contre la cybercriminalité : la Déclaration d’Abou Dhabi fixe un cap mondial

Les États membres réunis à Abou Dhabi ont adopté par acclamation, le 27 septembre 2025, la Déclaration d’Abou Dhabi en ouverture du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale. Ce texte d’orientation stratégique formalise un engagement international renforcé face à la mutation des menaces criminelles transfrontalières, amplifiées par les technologies de pointe et l’intelligence artificielle. Il doit permettre d’opérationnaliser une réponse globale d’ici 2031, au travers d’engagements nationaux mesurables.

Un constat alarmant sur la mutation du crime organisé

La Déclaration dresse un état des lieux préoccupant de l’évolution du paysage criminel international. Les réseaux organisés exploitent désormais les failles institutionnelles et les outils numériques pour étendre leurs activités illicites.

Parmi les nouveaux modèles opératoires identifiés figurent le « crime en tant que service » et la « violence en tant que service ». Ces schémas permettent à des groupes criminels de proposer des prestations illégales à la demande, via des plateformes de communication mondiales, des actifs virtuels et des algorithmes génératifs.

Ces outils servent à orchestrer des fraudes massives, à manipuler l’opinion publique et à dissimuler le produit d’activités illicites. Les auteurs du texte soulignent que la sophistication croissante de ces méthodes rend obsolètes les cadres de coopération traditionnels.

Une transformation numérique de la justice sous conditions strictes

Pour répondre à cette menace, la communauté internationale s’engage à accélérer la transformation numérique des systèmes judiciaires. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de justice pénale est prévue, notamment pour améliorer la détection des infractions et la coopération entre États.

La Déclaration insiste toutefois sur l’instauration de garde-fous stricts. Elle impose un contrôle humain permanent sur les décisions automatisées, une transparence procédurale rigoureuse et le respect absolu de la protection des données personnelles. Ces garanties visent à prévenir les dérives liées à l’usage de l’IA dans le domaine pénal.

Protéger en priorité les populations vulnérables

Dans un message vidéo adressé aux délégués, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, a rappelé que la justice doit demeurer un droit fondamental accessible à tous et non un privilège. Elle a insisté sur la nécessité de ne laisser personne de côté dans la réponse mondiale à la cybercriminalité.

La Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Monica Juma, a pour sa part souligné la nécessité de protéger en priorité les populations les plus vulnérables. Elle a cité les jeunes embrigadés par les réseaux criminels, les femmes ciblées par la cyberviolence et les victimes de réseaux d’escroquerie.

Un congrès record pour préparer l’après-2031

Placée sous le thème « Protéger les personnes et la planète à l’ère numérique », cette édition du congrès réunit jusqu’au 1er octobre plus de 5 100 participants issus de 119 pays. Une quarantaine de ministres prennent part aux travaux.

Les discussions doivent permettre d’opérationnaliser la Déclaration d’Abou Dhabi par le biais d’engagements nationaux mesurables d’ici 2031. Les États membres sont appelés à présenter des plans d’action adaptés à leurs contextes juridiques et techniques respectifs.

La Déclaration d’Abou Dhabi constitue ainsi le cadre de référence pour la coopération internationale en matière de justice pénale durant la prochaine décennie. Ses modalités de mise en œuvre seront précisées lors des prochaines sessions de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.