France : des villes marquées par des violences urbaines d’une ampleur inédite

France : des villes marquées par des violences urbaines d’une ampleur inédite

Au lendemain d’une journée de mobilisation contre la vie chère, les rues de plusieurs grandes villes françaises présentaient dimanche un spectacle de désolation, à six mois de l’élection présidentielle. Samedi, des scènes d’insurrection, parfois accompagnées de cris de « Révolution », ont semblé plus intenses que les émeutes de 2023 et que les journées d’action des gilets jaunes en 2018-2019.

Un bilan matériel et humain lourd

À Lyon, de nombreux habitants parcouraient dès le matin les rues commerçantes, photographiant les vitrines éventrées et les débris au sol. « C’était la guerre », a rapporté Jean-Christian, un commerçant qui s’est réfugié au fond de sa boutique d’ustensiles de cuisine lors du passage des casseurs.

Le préfet du Rhône, Etienne Guyot, a déclaré lors d’une visite des quartiers touchés que le mouvement avait pris « une ampleur inédite partout en France ». À Marseille, devant la mairie envahie par des manifestants, deux voitures de police stationnaient tandis que des planches consolidaient la porte principale enfoncée la veille.

À Paris, dans le quartier République, l’alarme d’un magasin Marionnaud pillé retentissait encore. La vitrine éventrée d’un Darty était gardée par deux agents de sécurité et un chien muselé. Dans la station de métro, l’odeur des gaz lacrymogènes persistait.

« Des rues entières ont été méthodiquement ravagées », a déploré le maire du 3e arrondissement de Paris, Emmanuel Grégoire. Avec ses homologues de Lyon et Marseille, il a demandé à être reçu en début de semaine par le Premier ministre Sébastien Lecornu. La première adjointe au maire de Paris, Lamia El Aaraje, a déploré « un manque de moyens » policiers pour mettre un terme aux pillages.

Des symboles de la République attaqués

Les forces de l’ordre ont interpellé 855 personnes, un « chiffre record », selon la préfecture de police. Plus de 500 personnes, dont 171 mineurs, sont en garde à vue, a précisé le parquet de Paris, évoquant des interpellations jusqu’aux environs de 6 heures du matin.

Outre Marseille, des manifestants ont fait irruption dans des mairies ou des préfectures à Lille, Angers et Bordeaux pour les vandaliser. À Lyon, une antenne de l’office de tourisme a été incendiée. À Limoges, l’Hôtel de Ville datant du XIXe siècle a été « en grande partie perdu » dans les flammes, selon le préfet, qui a précisé que le feu était circonscrit dimanche matin.

« C’est sciemment que le feu a été mis », a dénoncé Maurice Barate, fustigeant « une horde sauvage » à l’origine du sinistre. Le président Emmanuel Macron a assuré sur le réseau social X que « ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis ». Il a ajouté : « Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions ».

Samedi soir, l’exécutif avait cité le chiffre de 1 200 personnes interpellées dans toute la France et de 150 policiers et gendarmes blessés. Plusieurs manifestants ont également été blessés, parfois grièvement, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade des forces de l’ordre.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé qu’il s’agissait d’« un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ». Il a appelé La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a été mis en cause pour son soutien au mouvement, à « choisir son camp » entre celui « de la République et donc des forces de l’ordre » et « celui des casseurs ».

Un contexte de tension sociale

Après plusieurs semaines d’agitation lycéenne, les organisateurs de cette journée de mobilisation ambitionnaient de cimenter une « convergence des luttes » avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants. À Strasbourg, Régine Monfroid, une éducatrice, a expliqué à l’Agence France-Presse être venue « pour protester contre la vie chère, pour dire qu’on en a assez de trimer pour des salaires de misère et voir nos loyers augmenter tout le temps ».

Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que « ceux qui partagent » son combat « n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage ». Il a accusé le Premier ministre d’avoir « joué avec le feu en comptant sur le pourrissement » de la situation.

Les autorités n’ont pas annoncé de nouvelles mesures dans l’immédiat. Les maires de Paris, Lyon et Marseille doivent être reçus par le Premier ministre en début de semaine, tandis que les enquêtes se poursuivent pour identifier les auteurs des dégradations.

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