CNDH met en garde contre le piège de la précarité assistée

CNDH met en garde contre le piège de la précarité assistée

Le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) a publié un rapport alarmant sur l’état social au Maroc, mettant en lumière le risque d’un système de « précarité assistée ». Cette analyse intervient dans un contexte où les recettes fiscales de l’État ont atteint 299 milliards de dirhams en 2024, selon les données de la Direction générale des impôts.

Un modèle social à la croisée des chemins

Le rapport du CNDH, institution constitutionnelle indépendante, souligne que malgré des ressources budgétaires significatives, le modèle de protection sociale marocain peine à transformer structurellement les conditions de vie des populations vulnérables. Le concept de « précarité assistée » désigne une situation où les aides sociales, bien que nécessaires, maintiennent les bénéficiaires dans une dépendance à long terme sans leur offrir de réelles perspectives d’autonomie et d’insertion socio-économique durable.

L’institution présidée par Amina Bouayach a établi ce constat après une évaluation approfondie des politiques publiques en matière de cohésion sociale. Les experts du Conseil pointent un décalage entre l’ampleur des dépenses sociales et l’efficacité transformative de ces investissements sur le terrain.

Des chiffres qui interrogent l’efficacité des politiques

Le montant des recettes fiscales, soit 299 milliards de dirhams encaissés par le Trésor public en 2024, illustre la capacité de mobilisation financière de l’État. Cependant, le CNDH estime que la simple augmentation des budgets alloués aux programmes d’assistance ne suffit pas à éradiquer les racines de la pauvreté et de l’exclusion.

Le rapport insiste sur la nécessité d’une approche intégrée, combinant transferts monétaires, accès aux services publics de base, éducation, formation professionnelle et inclusion économique. Selon les analyses du Conseil, plusieurs dispositifs d’aide sociale actuels manqueraient de cette dimension holistique, limitant ainsi leur impact à long terme.

Les recommandations du CNDH pour une transition

Face à ce constat, le Conseil national des droits de l’Homme formule une série de recommandations à l’intention des pouvoirs publics. Il préconise une refonte des mécanismes de ciblage des bénéficiaires pour une meilleure adéquation entre les besoins et les interventions. L’institution appelle également à renforcer les passerelles entre les programmes d’assistance sociale et les politiques actives de l’emploi et de la création d’activités génératrices de revenus.

Par ailleurs, le CNDH recommande l’instauration d’indicateurs d’évaluation plus robustes pour mesurer non seulement la couverture des aides, mais surtout leur capacité à favoriser l’autonomisation des individus et des familles. L’accent est mis sur la nécessité de coordonner les actions des différents départements ministériels et institutions concernés.

Perspectives et prochaines étapes

La publication de ce rapport intervient à un moment clé de la mise en œuvre de la réforme du modèle de développement et du chantier de la généralisation de la protection sociale. Le CNDH a annoncé qu’il suivra de près la prise en compte de ses recommandations dans les politiques publiques à venir.

Des concertations sont attendues entre l’institution, le gouvernement et les partenaires sociaux pour discuter des modalités pratiques d’évolution du système. Le débat public sur l’efficacité des dépenses sociales et la lutte contre les inégalités devrait s’intensifier dans les prochains mois, à l’approche de la finalisation de plusieurs stratégies sectorielles.

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