La ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a mis en garde, ce lundi, contre les appels à des mesures simplistes pour contrer la hausse des prix, notamment celle des carburants. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions économiques perceptibles à la pompe, où une augmentation cumulée de près de 4 dirhams par litre ces derniers mois cristallise un mécontentement populaire.
La ministre s’est exprimée lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants, répondant aux préoccupations des parlementaires concernant l’impact de la flambée des cours internationaux des hydrocarbures. Elle a souligné la complexité des mécanismes économiques en jeu et la nécessité d’une approche réfléchie pour protéger le pouvoir d’achat sans déstabiliser les finances publiques.
Un contexte international volatile
Nadia Fettah a rappelé que la hausse des prix à la consommation, et particulièrement celle des carburants, est principalement liée à des facteurs exogènes. La reprise économique mondiale post-pandémie et les tensions géopolitiques, notamment le conflit en Ukraine, ont provoqué une envolée des cours du pétrole brut sur les marchés internationaux.
Le Maroc, importateur net d’énergies fossiles, est structurellement exposé à ces fluctuations. Le mécanisme de compensation, réformé ces dernières années, vise à lisser les effets de ces chocs sur les citoyens, mais il atteint ses limites face à une hausse prolongée et significative.
Les risques des « solutions faciles »
Face aux demandes pressantes de gel des prix ou de subventions massives, la ministre a insisté sur les conséquences potentielles de telles décisions. « Les solutions faciles et populistes peuvent avoir des effets contre-productifs à moyen et long terme », a-t-elle déclaré. Elle a précisé qu’un retour au système de compensation généralisé, tel qu’il existait avant les réformes, représenterait une charge budgétaire insoutenable, estimée à des dizaines de milliards de dirhams.
Cette charge, a-t-elle expliqué, se traduirait nécessairement par une réduction des budgets alloués à des secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les investissements publics, ou par une augmentation de la pression fiscale. Elle a également évoqué le risque de favoriser la contrebande des produits pétroliers depuis les pays voisins si l’écart de prix devenait trop important.
Les mesures gouvernementales en cours
Le gouvernement maintient sa stratégie basée sur un ciblage plus précis de l’aide aux catégories les plus vulnérables. Le programme de soutien direct aux ménages « Tayssir » et le fonds de cohésion sociale sont présentés comme les principaux outils pour amortir le choc de la vie chère. Parallèlement, les autorités encouragent l’accélération de la transition énergétique pour réduire la dépendance aux importations.
Nadia Fettah a réaffirmé que l’État continuait de subventionner partiellement le gaz butane, le sucre et la farine, malgré la hausse des coûts. Elle a également indiqué que la surveillance du marché et la lutte contre les spéculations ou les pratiques anticoncurrentielles étaient renforcées par les services du ministère et de la Concurrence.
Réactions et attentes sociales
Les déclarations de la ministre sont suivies avec attention par les partenaires sociaux et les observateurs économiques. Les syndicats et certaines associations de consommateurs réclament des interventions plus fermes pour contenir l’inflation, qui pèse sur le budget des ménages. Le patronat, de son côté, alerte sur l’impact de la cherté de l’énergie sur la compétitivité des entreprises, notamment industrielles.
Cette situation place le gouvernement dans une position délicate, devant concilier l’impératif de soutien au pouvoir d’achat, la préservation des équilibres macroéconomiques et la poursuite des réformes structurelles.
La prochaine révision des prix des carburants, qui intervient mensuellement, sera un indicateur clé de l’évolution de la situation. Les analystes anticipent une pression continue sur les cours mondiaux, liée à l’incertitude géopolitique et à la dynamique de la demande. Le gouvernement marocain devrait poursuivre sa communication sur la nécessité d’une vision à long terme, tout en évaluant la possibilité d’ajustements ciblés de ses programmes d’aide sociale en fonction de la persistance de la crise.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire