Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a annoncé mercredi devant la Commission de l’intérieur, des collectivités territoriales et des infrastructures à la Chambre des conseillers que son département a finalisé un projet de loi visant à organiser les marchés de gros et à limiter les dérives liées à la multiplication des intermédiaires, connus sous le nom de « Chena9a ». Cette annonce intervient dans un contexte de critiques croissantes sur la flambée des prix et les pratiques spéculatives dans les circuits de distribution au Maroc.
L’intervention du ministre s’inscrivait dans le cadre de l’examen détaillé du projet de loi organique n°031.26 modifiant et complétant la loi organique n°111.14 relative aux régions. Toutefois, les débats se sont rapidement orientés vers la question des circuits de commercialisation et de leur impact sur les prix des produits destinés aux consommateurs.
Un phénomène nouveau et puissant
« Ce qu’on appelle aujourd’hui les “chena9a” est un phénomène nouveau », a déclaré Abdelouafi Laftit devant les conseillers. « Ces pratiques n’existaient pas au Maroc et étaient inconnues de la société marocaine. Mais, à cette étape, elles sont devenues visibles et puissantes », a-t-il ajouté, reconnaissant l’ampleur prise par les mécanismes de spéculation dans les marchés.
Le ministre a également admis les limites du modèle actuel des marchés de gros urbains, conçu selon une logique qui, selon lui, ne répond plus aux réalités économiques contemporaines. « Nous reconnaissons que la logique des marchés actuels n’est plus adaptée, car elle favorise la spéculation et les “chena9a”, et nous sommes d’accord sur ce constat », a-t-il affirmé.
Un nouveau cadre législatif inspiré d’expériences locales et étrangères
Pour le ministère de l’Intérieur, la réforme envisagée doit permettre de rompre avec une organisation jugée obsolète et peu transparente. Le nouveau texte législatif, déjà finalisé selon le ministre, s’inspire de plusieurs expériences étrangères et locales. « Nous n’allons pas réinventer la roue », a-t-il insisté, expliquant que certaines pratiques déjà adoptées dans des espaces spécifiques pourraient servir de référence pour la refonte du système marocain.
Le responsable gouvernemental a précisé que le projet sera prochainement soumis au processus législatif. L’objectif affiché consiste à faire évoluer les marchés de gros vers un modèle « conforme aux standards internationaux », où les acteurs de la transaction seraient clairement identifiés. « Le vendeur et l’acheteur seront connus, avec un seul intermédiaire entre eux », a détaillé le ministre, soulignant la volonté de mettre un terme à la multiplication des intermédiaires qui, selon lui, « perturbe la chaîne de valeur ».
Réactions des parlementaires
Cette réforme est présentée comme une réponse directe aux dysfonctionnements dénoncés depuis plusieurs mois par des professionnels et des parlementaires. Lors des discussions, le conseiller parlementaire Mohamed Benfkih, membre du groupe du Rassemblement national des indépendants, a plaidé pour un renforcement du futur texte afin de réduire l’écart séparant producteurs et consommateurs.
Le parlementaire a estimé que les agriculteurs, industriels et commerçants demeurent confrontés à de profondes défaillances au sein du système de distribution, des dysfonctionnements qui se répercutent directement sur les prix à la consommation. Une situation qui continue d’alimenter le mécontentement des citoyens face à la hausse persistante du coût de la vie.
Le projet de loi devrait être examiné dans les prochains mois par le Parlement, avant une éventuelle adoption et mise en œuvre. Les autorités espèrent que cette réforme permettra de restaurer la confiance des consommateurs et de stabiliser les prix des produits de première nécessité.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire