Divergences au sein de la majorité marocaine sur la spéculation et les intermédiaires commerciaux

Divergences au sein de la majorité marocaine sur la spéculation et les intermédiaires commerciaux

Rabat – Une fracture politique inédite est apparue au sein de la coalition gouvernementale marocaine au sujet des mesures à prendre contre la spéculation et le rôle des intermédiaires, appelés localement « Fraqchia », dans la flambée des prix des produits de première nécessité. Pour la première fois depuis les déclarations du ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka (Parti de l’Istiqlal), une figure dirigeante du Rassemblement national des indépendants (RNI) a pris ses distances avec les propositions avancées. Ce débat intervient alors que le pouvoir d’achat et l’inflation dominent l’agenda politique à l’approche de prochaines échéances électorales.

Un responsable du RNI prend ses distances

Lors de l’émission « Lil Hadith Baqiya », animée par Youssef Belhaïssi, Rachid Talbi Alami, membre du bureau politique du RNI et président de la Chambre des représentants, a adopté une position à la fois politique et institutionnelle. Sans attaquer directement Nizar Baraka, il a déclaré que son parti n’était « pas concerné » par les propositions de création de sociétés nationales chargées de distribuer les produits de base pour contourner les intermédiaires. Il a toutefois reconnu à son allié gouvernemental le droit de défendre ses orientations, rappelant que celui-ci est « ministre et secrétaire général du Parti de l’Istiqlal ». Talbi Alami a ensuite recentré le débat sur la responsabilité ministérielle, soulignant que l’organisation du commerce intérieur relève du ministère de l’Industrie et du Commerce, dirigé par le Parti de l’Istiqlal.

Des divergences sur l’analyse de la hausse des prix

Depuis plusieurs semaines, les discours sur les intermédiaires et les marges commerciales se multiplient au sein de la majorité, révélant des divergences de lecture sur les causes de la hausse des prix et les moyens d’y répondre. Rachid Talbi Alami a justifié son analyse en s’appuyant sur son expérience passée à la tête du ministère de l’Industrie et du Commerce entre 2002 et 2005. Selon lui, les mutations économiques mondiales imposent une nouvelle approche. Il a estimé qu’il était incohérent de continuer à gérer l’économie avec les mêmes outils qu’à une époque où le prix du pétrole « était autour de 8 dollars », alors qu’il « dépasse aujourd’hui les 135 dollars », y voyant la preuve d’un « dysfonctionnement » dans le traitement des réalités du marché.

Le rôle des intermédiaires relativisé

Le dirigeant du RNI a également relativisé le rôle des intermédiaires, pourtant au cœur du discours de plusieurs responsables politiques ces derniers mois. « Ils ont toujours existé dans l’histoire du Maroc, dans le commerce et partout dans le monde », a-t-il affirmé, considérant que le problème ne réside pas dans leur existence mais dans les conditions qui permettent à certains d’exercer leur activité dans un cadre plus favorable que d’autres. Il a critiqué, sans le nommer explicitement, le discours politique qui réduit la crise actuelle à une opposition entre vendeurs et consommateurs. La logique du « que Dieu mette l’inattention entre le vendeur et l’acheteur », a-t-il dit, « n’est plus acceptable » dans le contexte actuel, appelant à mettre l’accent sur la régulation du marché et des solutions concrètes, loin des « accusations » et des « insultes ».

La position offensive de Nizar Baraka

Quelques jours auparavant, lors d’un meeting à Sidi Kacem, Nizar Baraka avait adopté un ton particulièrement offensif. Le secrétaire général de l’Istiqlal y avait annoncé l’intention de son parti de créer des sociétés nationales spécialisées dans la distribution des produits de base pour limiter la spéculation et préserver le pouvoir d’achat. Il avait dénoncé avec vigueur ce qu’il décrit comme la montée d’une « culture de la marge et du « Tferqich » » ainsi que de la cupidité sur le marché marocain. Selon lui, l’exécutif est appelé à protéger les citoyens contre les effets de l’inflation importée et les turbulences des marchés internationaux.

Implications et prochaines étapes

Ces divergences au sein de la majorité gouvernementale interviennent dans un contexte de tensions croissantes autour du pouvoir d’achat, de l’inflation et des circuits de distribution. Alors que les prochaines échéances électorales se profilent, il est attendu que les débats sur les mécanismes de régulation du marché intérieur et les moyens de lutte contre la spéculation s’intensifient. Les prochaines semaines pourraient voir des propositions législatives ou réglementaires émerger des différentes composantes de la coalition, ainsi que des discussions au sein du gouvernement pour tenter de concilier les approches divergentes.

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