Rabat. Les entreprises marocaines ne sont plus face à un simple choix d’adhésion ou de rejet vis-à-vis de l’intelligence artificielle (IA). Elles sont désormais confrontées à une question de puissance, de dépendance et de souveraineté technologique, selon les analyses d’experts et de responsables économiques interrogés lors d’un récent colloque à Casablanca.
Un changement de paradigme
La problématique a été posée le 15 novembre 2024 lors de la conférence annuelle « IA et compétitivité au Maroc », organisée à Casablanca par le Groupement des industries marocaines (GIM). Les intervenants ont souligné que le débat ne porte plus sur l’opportunité d’adopter l’IA, mais sur les risques d’une consommation passive de solutions étrangères.
Plusieurs dirigeants d’entreprises et représentants institutionnels ont mis en garde contre une dépendance excessive aux fournisseurs internationaux d’outils d’IA. Ils estiment que cette situation pourrait affaiblir la capacité d’innovation locale et compromettre la compétitivité des acteurs marocains à moyen terme.
Les risques d’une simple consommation
Selon les données présentées lors de la conférence, plus de 70 % des entreprises marocaines utilisent des solutions d’IA développées à l’étranger, sans intégration de données locales ni adaptation aux spécificités du marché national. Les experts présents ont souligné que cette tendance expose les entreprises à des vulnérabilités en matière de sécurité des données et de dépendance technologique.
« Nous passons d’une logique d’outil à une logique de puissance. L’enjeu n’est plus seulement de savoir si nous utilisons l’IA, mais comment nous la maîtrisons », a déclaré Mohammed El Idrissi, professeur d’économie numérique à l’Université Hassan II de Casablanca, lors d’une table ronde.
Des initiatives en cours
Face à ces constats, plusieurs initiatives émergent. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a lancé en octobre 2024 un programme de soutien à l’intégration de l’IA dans les PME industrielles. Ce programme prévoit un accompagnement technique et un financement pour le développement de solutions adaptées aux chaînes de production locales.
Parallèlement, l’Agence de développement numérique (ADN) a présenté un projet de création d’un hub d’intelligence artificielle dédié aux entreprises marocaines. Ce hub, dont le démarrage est prévu pour le premier trimestre 2025, vise à mutualiser les ressources de calcul et les bases de données nécessaires à l’entraînement de modèles d’IA locaux.
Un enjeu de souveraineté
Les discussions ont également porté sur la nécessité de former davantage de talents marocains dans le domaine de l’IA. Le GIM a annoncé un partenariat avec plusieurs écoles d’ingénieurs pour développer des modules de formation spécifiques à l’IA industrielle, à compter de la rentrée universitaire 2025.
« Si nous ne développons pas notre propre capacité à concevoir et à déployer des systèmes d’IA, nous risquons de devenir de simples consommateurs de technologies imposées de l’extérieur », a averti Leila Benchekroun, directrice générale d’une start-up spécialisée dans l’IA appliquée à la logistique, lors d’un atelier parallèle.
Des perspectives d’évolution
Les experts réunis estiment que le Maroc dispose d’atouts pour renforcer sa souveraineté numérique, notamment grâce à une population jeune et connectée, ainsi qu’à une infrastructure numérique en développement. Cependant, ils appellent à une accélération des investissements dans la recherche et le développement, ainsi qu’à une coordination renforcée entre secteur public et secteur privé.
La prochaine édition du colloque, prévue pour novembre 2025, devrait faire le point sur l’avancement du hub d’IA et sur les premiers résultats du programme de soutien aux PME. Les organisateurs ont indiqué que l’objectif est de mesurer l’évolution du taux d’adoption d’IA conçue localement d’ici 2026.
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