Le secteur avicole marocain traverse actuellement une crise inédite, marquée par une baisse drastique des prix du poulet vif. Depuis plusieurs semaines, le cours du kilogramme est tombé sous la barre des 7 dirhams à la ferme, un seuil historiquement bas qui fragilise l’ensemble de la filière. Cette situation a suscité des interrogations quant au rôle éventuel du Régime Tayibat, un programme étatique de soutien à l’élevage, mais les éleveurs rejettent catégoriquement cette hypothèse.
Le Régime Tayibat mis hors de cause
Interrogés par nos confrères, plusieurs représentants de la profession ont clairement indiqué que le dispositif Tayibat, destiné à améliorer les conditions sanitaires et génétiques des élevages, n’a aucun lien avec l’effondrement des prix. Selon eux, ce programme, qui vise à structurer et à professionnaliser la production avicole, ne saurait être tenu responsable d’une conjoncture commerciale défavorable. Les éleveurs soulignent que la chute des prix résulte avant tout d’un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché national.
Un marché saturé par l’offre excédentaire
Les professionnels expliquent que la production de poulets a augmenté de manière significative au cours des derniers mois, en raison d’investissements antérieurs et d’une bonne maîtrise des coûts d’alimentation. Parallèlement, la demande des consommateurs, affectée par un pouvoir d’achat en baisse et par une concurrence accrue des viandes rouges importées, n’a pas suivi la même progression. Ce décalage a mécaniquement fait chuter les prix à la ferme, sans que le Régime Tayibat n’y soit pour quelque chose.
Des conséquences économiques lourdes pour les éleveurs
Cette baisse des prix, qui s’est accélérée depuis le début du mois, place de nombreux petits et moyens élevages dans une situation financière délicate. Les coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation animale et à l’énergie, restent élevés. Les marges bénéficiaires se sont considérablement réduites, poussant certains producteurs à vendre à perte. Les organisations professionnelles appellent les autorités à prendre des mesures d’urgence pour stabiliser le marché et éviter une vague de cessations d’activité.
Réactions des pouvoirs publics
Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts suit de près l’évolution de la filière avicole. Des réunions de concertation ont été organisées avec les acteurs du secteur pour analyser les causes de la crise et envisager des solutions. Aucune décision concrète n’a encore été annoncée, mais plusieurs pistes sont évoquées, notamment l’encouragement des exportations vers l’Afrique subsaharienne ou le soutien à la transformation industrielle du poulet.
Perspectives et enjeux à venir
Dans les prochaines semaines, la filière devra faire face à un risque de prix durablement bas si la demande ne reprend pas. Les éleveurs misent sur une reprise saisonnière des consommateurs pendant les fêtes religieuses à venir. Le gouvernement pourrait également ajuster les droits d’importation sur les viandes concurrentes ou renforcer les campagnes de promotion de la volaille locale. L’avenir immédiat du secteur dépendra de la capacité des acteurs à rétablir un équilibre entre production et consommation, sans recourir à des baisses structurelles de prix qui mettraient en péril la viabilité des élevages.
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