Au Maroc, 87 % de la population bénéficie d’une protection sociale, une exception en Afrique

Au Maroc, 87 % de la population bénéficie d’une protection sociale, une exception en Afrique

Alors que plus de huit habitants sur dix en Afrique demeurent exclus de tout régime formel de protection sociale, le Maroc se distingue par une couverture nettement supérieure à la moyenne continentale. Selon des données officielles publiées en 2024, environ 87 % de la population marocaine bénéficie désormais d’un accès à au moins un mécanisme de protection sociale, qu’il s’agisse de l’assurance maladie obligatoire, des allocations familiales ou des régimes de retraite.

Une progression soutenue depuis 2020

Cette performance place le royaume en tête des pays africains en matière d’inclusion sociale, alors que le taux de couverture moyen sur le continent africain avoisine les 17 %, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT). Le Maroc a accéléré ses réformes depuis le lancement, en 2020, de la généralisation de la couverture médicale de base (AMO) et du programme d’aide sociale directe. Ces mesures visaient à étendre la protection aux travailleurs non salariés, aux artisans, aux agriculteurs et aux populations rurales.

Des résultats contrastés selon les régions

Les données ventilées par région montrent toutefois des disparités. Dans les zones urbaines, le taux de couverture dépasse 92 %, tandis que dans les zones rurales, il atteint environ 78 %. Les régions du Sud et du Nord enregistrent les taux les plus élevés grâce à une densité plus forte de structures de santé et d’administration. En revanche, certaines provinces enclavées du Haut Atlas et de l’Oriental affichent des retards, notamment en matière d’enregistrement des bénéficiaires.

Un modèle cité par les institutions internationales

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont salué à plusieurs reprises la stratégie marocaine, qui combine une extension des droits sociaux avec une réforme de la fiscalité pour financer le système. En 2023, le gouvernement a alloué 12 % du budget de l’État aux dépenses de protection sociale, soit une augmentation de 4 points par rapport à 2019. Le registre social unifié, mis en place pour identifier les ménages vulnérables, comptait plus de 4,5 millions de familles inscrites fin 2024.

Défis persistants pour la pérennité du système

Malgré ces avancées, des défis structurels demeurent. Le taux de cotisation dans le secteur informel, qui emploie près de 70 % de la main-d’œuvre, reste faible. Les experts estiment que sans élargissement de l’assiette des cotisants, le système pourrait être fragilisé à long terme. Par ailleurs, la qualité des services dans les zones reculées et la capacité administrative locale à gérer les dossiers constituent des points de vigilance.

Selon le ministère de l’Économie et des Finances, une évaluation d’étape est prévue au premier semestre 2025. Celle-ci devrait permettre d’ajuster les critères d’éligibilité et d’améliorer la couverture des travailleurs indépendants. Le gouvernement envisage également d’introduire un pilier de protection sociale pour les travailleurs migrants saisonniers, en coordination avec les pays d’origine et de destination.

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