Oignons : le Maroc passe d’exportateur à importateur net, une première

Oignons : le Maroc passe d’exportateur à importateur net, une première

Le Maroc, historiquement exportateur net d’oignons vers les marchés d’Afrique de l’Ouest, enregistre cette saison un renversement inédit de sa balance commerciale pour ce produit. Selon une analyse des données douanières récentes, les importations marocaines d’oignons ont atteint un niveau record, dépassant pour la première fois les volumes exportés.

Un bond historique des importations

Les chiffres publiés par l’Office des changes indiquent que les importations d’oignons ont progressé de plus de 300 % sur la période allant de janvier à octobre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente. Cette hausse sans précédent est attribuée à une sécheresse persistante et à des rendements agricoles en baisse dans les principales régions productrices du Royaume.

Les achats auprès de fournisseurs étrangers, notamment en Espagne et en France, ont ainsi explosé, faisant du Maroc un importateur net pour la première fois de son histoire moderne. Les volumes importés dépassent désormais les 120 000 tonnes sur les dix premiers mois de l’année, contre environ 30 000 tonnes en 2024.

Facteurs climatiques et structurels

La sécheresse sévère qui touche le Maroc depuis plusieurs saisons agricoles a réduit la superficie consacrée à la culture de l’oignon. Selon le ministère de l’Agriculture, la production nationale d’oignons a chuté de près de 40 % en 2025, affectant particulièrement les régions du Gharb, du Souss et du Tadla. Les prix à la consommation ont grimpé de manière significative, atteignant jusqu’à 15 dirhams le kilogramme dans certains marchés de gros, contre une moyenne de 6 dirhams en 2023.

Les exportations, en revanche, se sont effondrées. Les envois vers les marchés traditionnels d’Afrique de l’Ouest, comme le Sénégal et la Mauritanie, ont diminué de plus de 70 %, selon les statistiques douanières. Certains opérateurs marocains ont même dû annuler des contrats d’exportation faute de volumes disponibles.

Répercussions sur le marché intérieur

Cette situation a des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des ménages marocains, l’oignon étant un ingrédient de base dans la cuisine locale. Les autorités ont tenté d’atténuer la flambée des prix en autorisant des importations supplémentaires en franchise de droits, mais les effets sur les prix restent limités. Les stocks de régulation, gérés par l’Office national interprofessionnel des fruits et légumes (ONIF), se sont épuisés rapidement face à la demande.

Les professionnels du secteur, interrogés par la presse locale, soulignent que ce retournement est le signe d’une fragilité structurelle du système agricole marocain, fortement dépendant des précipitations. Plusieurs syndicats agricoles appellent à un plan d’urgence pour soutenir les petits producteurs et améliorer l’irrigation.

Perspectives pour la prochaine saison

Les prévisions météorologiques pour l’hiver 2025 2026 restent incertaines. Si les pluies de novembre et décembre ne sont pas suffisantes, les semis d’oignons pour la prochaine récolte pourraient être compromis, prolongeant la dépendance aux importations. Le ministère de l’Agriculture a annoncé un programme de subventions pour les semences et les systèmes d’irrigation goutte à goutte, mais sa mise en œuvre effective prendra plusieurs mois.

Les opérateurs du commerce international anticipent déjà une hausse des prix mondiaux de l’oignon en raison de la demande supplémentaire du Maroc, ce qui pourrait peser sur les budgets d’importation du Royaume. Selon des analystes cités par des médias économiques, la facture des importations d’oignons pourrait dépasser 1,5 milliard de dirhams en 2025, contre 400 millions en 2024.

À ce stade, les autorités marocaines n’ont pas communiqué de plan détaillé pour rétablir l’équilibre entre production locale et importations. Les prochaines semaines, avec le début de la campagne agricole d’hiver, seront décisives pour évaluer la capacité du Maroc à réduire sa dépendance extérieure en matière d’oignons.

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