Ryad Mezzour : l’Afrique doit passer d’une logique d’exportation à une logique de production

Ryad Mezzour : l’Afrique doit passer d’une logique d’exportation à une logique de production

Rabat – Lors d’une intervention prononcée ce mercredi devant les participants au Forum économique africain, le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a appelé les pays du continent à relever un défi majeur : celui de la production locale de biens à forte valeur ajoutée.

« L’Afrique ne manque ni de terres, ni de ressources naturelles, ni de talents », a déclaré M. Mezzour. « Elle concentre près de 60 % des terres arables disponibles dans le monde, dispose d’une population jeune et dynamique, et possède d’immenses réserves de matières premières. Pourtant, une grande partie de sa richesse est exportée brute, sans transformation locale. »

Un continent riche, mais dépendant des chaînes de valeur mondiales

Selon le ministre, cette situation limite la création d’emplois et la valeur ajoutée sur le continent. Il a souligné que la transformation locale des ressources agricoles, minières et énergétiques pourrait générer des millions d’emplois et réduire la dépendance aux importations.

« Le véritable enjeu pour l’Afrique n’est pas seulement d’exporter davantage, mais de produire ce qu’elle consomme et d’exporter des produits finis », a-t-il ajouté.

Le Maroc comme modèle de transformation industrielle

M. Mezzour a cité l’exemple du Maroc, qui a développé des écosystèmes industriels intégrés dans les secteurs automobile, aéronautique et agroalimentaire. Il a rappelé que le Royaume a multiplié sa valeur ajoutée industrielle par trois en quinze ans, grâce à des politiques publiques ciblées et à des partenariats public-privé.

« Le Maroc prouve qu’il est possible de bâtir une base industrielle compétitive en Afrique », a-t-il affirmé, tout en insistant sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée pour mutualiser les infrastructures, les technologies et les marchés.

Des obstacles structurels à surmonter

Le ministre a également identifié plusieurs freins à l’industrialisation du continent : le manque d’infrastructures de transport et d’énergie, la faible intégration des marchés africains, et les déficits en compétences techniques. Il a appelé à des investissements massifs dans la formation professionnelle et les technologies numériques.

« Sans une main-d’œuvre qualifiée et des réseaux logistiques efficaces, il sera difficile de concurrencer les chaînes de valeur mondiales », a-t-il prévenu.

La Zone de libre-échange continentale comme levier

M. Mezzour a salué l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qu’il considère comme un outil clé pour accélérer la production locale. Selon lui, cet accord devrait permettre de réduire les barrières douanières, d’harmoniser les normes et de favoriser les échanges intra-africains.

« La ZLECAf crée un marché de 1,4 milliard de consommateurs à fort potentiel », a-t-il déclaré. « C’est une opportunité historique pour les entreprises africaines de produire pour le continent, et non seulement pour l’exportation. »

Des perspectives concrètes

Le ministre a annoncé que le Maroc prévoit de lancer plusieurs projets de partenariat industriel avec des pays subsahariens dans les mois à venir, notamment dans les domaines de l’agro-industrie, des énergies renouvelables et de la chimie. Un comité de suivi technique devrait être mis en place d’ici la fin de l’année pour évaluer les progrès de ces initiatives.

Ryad Mezzour a conclu en affirmant que l’Afrique doit « transformer ses richesses naturelles en richesses productives » pour assurer un développement durable et inclusif. Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser cette vision lors des forums économiques régionaux prévus en 2025.

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