Rabat – La masse monétaire en circulation sous forme de billets et de pièces a atteint un niveau historique au Maroc, révèlent les dernières données de Bank Al-Maghrib. Ce record intervient alors que les autorités et les institutions financières multiplient les initiatives pour promouvoir les paiements numériques et réduire la dépendance au cash.
Selon les statistiques officielles, le volume de monnaie fiduciaire en circulation a franchi la barre des 400 milliards de dirhams au deuxième trimestre 2024, soit une augmentation de près de 8 % par rapport à la même période de l’année précédente. Cette progression s’explique principalement par une demande soutenue dans les zones rurales et les petites transactions commerciales.
Une croissance qui interroge
Cette hausse du cash survient dans un contexte de dématérialisation accélérée des paiements. Le Maroc a connu une augmentation significative du nombre de transactions par carte bancaire et via les applications mobiles, particulièrement dans les grandes agglomérations comme Casablanca, Rabat et Marrakech. Cependant, les habitudes de paiement restent fortement ancrées dans l’économie informelle.
Les experts interrogés estiment que la préférence pour le cash reflète à la fois des considérations culturelles et structurelles. La majorité des ménages marocains continuent d’utiliser les espèces pour les dépenses quotidiennes, notamment dans les souks, les épiceries de quartier et les services de proximité qui ne disposent pas toujours de terminaux de paiement électronique.
Les facteurs explicatifs
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. D’une part, la confiance limitée dans le système bancaire traditionnel dans certaines franges de la population freine l’adoption des paiements digitaux. D’autre part, le coût des transactions électroniques, bien qu’en baisse, reste perçu comme dissuasif pour les micro-paiements.
Bank Al-Maghrib a lancé depuis 2023 une stratégie nationale de promotion des paiements numériques, incluant des campagnes de sensibilisation et des incitations fiscales pour les commerçants équipés de terminaux électroniques. Malgré ces efforts, le rythme d’adoption reste inférieur aux prévisions initiales.
Implications économiques et sociales
La prédominance du cash pose des défis en matière de traçabilité des transactions et de lutte contre la fraude fiscale. Les autorités estiment que l’économie non déclarée représente encore une part significative du PIB. En parallèle, la gestion de la masse monétaire impose des coûts logistiques importants pour la Banque centrale, notamment en termes de transport, de stockage et de recyclage des billets.
Les observateurs notent que la digitalisation des paiements pourrait contribuer à une meilleure inclusion financière, en particulier pour les populations non bancarisées. Le taux de bancarisation au Maroc avoisine 40 %, laissant une large marge de progression.
Perspectives
À l’horizon 2026, Bank Al-Maghrib prévoit de lancer une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), qui pourrait offrir une alternative au cash tout en garantissant la sécurité des transactions. Toutefois, les spécialistes s’accordent à dire que la transition vers une société sans cash sera progressive, nécessitant à la fois des améliorations techniques, une éducation financière renforcée et un cadre réglementaire adapté.
En attendant, l’usage du cash devrait continuer de croître à un rythme modéré, soutenu par la croissance démographique et l’expansion des activités commerciales dans les zones moins connectées.
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