Rabat – La dette bancaire des ménages marocains a culminé à un niveau sans précédent en 2025, selon le Rapport annuel sur la supervision bancaire publié par Bank Al-Maghrib. Cette progression des crédits à la consommation et immobiliers soulève des interrogations sur la soutenabilité de l’endettement des familles dans un contexte économique marqué par une inflation persistante.
Un record confirmé par le régulateur
Le rapport de la banque centrale indique que l’encours global des prêts accordés aux ménages a augmenté de 8,3 % sur un an, pour atteindre 420 milliards de dirhams à fin décembre 2025. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré depuis le début des relevés statistiques.
Les crédits immobiliers représentent la part la plus importante, avec 62 % du total, soit 260 milliards de dirhams. Les prêts à la consommation, en hausse de 11 %, atteignent 98 milliards de dirhams, tandis que les autres types de financements, notamment les découverts bancaires, progressent de 5 %.
Des causes structurelles et conjoncturelles
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. La hausse des prix des biens immobiliers, combinée à des taux d’intérêt encore attractifs en début d’année, a stimulé la demande de prêts logement. Parallèlement, la baisse du pouvoir d’achat due à l’inflation a poussé de nombreux ménages à recourir au crédit à la consommation pour financer leurs dépenses courantes.
Bank Al-Maghrib souligne également que les banques ont assoupli leurs conditions d’octroi au premier semestre 2025, facilitant l’accès au crédit pour une clientèle aux revenus modestes. Toutefois, le régulateur rappelle que le taux d’endettement des ménages, mesuré par le ratio dette brute sur revenu disponible, reste sous la moyenne des pays de la région MENA, à 39 %.
Risques pour la stabilité financière
La progression rapide de l’endettement suscite des inquiétudes parmi les analystes. Le Fonds monétaire international, dans sa dernière consultation au titre de l’article IV, a invité les autorités marocaines à renforcer la surveillance des crédits aux ménages afin d’éviter une accumulation excessive de dettes.
Le rapport de Bank Al-Maghrib note que le taux de créances en souffrance sur les crédits aux ménages est resté stable à 4,2 % en 2025, mais il pourrait augmenter si les taux d’intérêt continuent de monter. La banque centrale a relevé son taux directeur à 3,25 % en mars 2025, ce qui alourdit le coût du crédit variable pour les emprunteurs.
Réactions des acteurs économiques
L’Association professionnelle des banques du Maroc (GPBM) a estimé que le niveau d’endettement reste gérable, soulignant que les critères d’octroi sont stricts. De son côté, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a appelé à un accompagnement accru des ménages vulnérables par des mécanismes de rééchelonnement.
Plusieurs associations de consommateurs ont demandé une meilleure information des emprunteurs sur les risques de surendettement, notamment pour les crédits revolving à taux élevé. Le ministère de l’Économie et des Finances n’a pas encore commenté publiquement ces chiffres.
Perspectives pour 2026
Bank Al-Maghrib prévoit un ralentissement de la croissance des crédits aux ménages au second semestre 2025, en raison du resserrement monétaire. Le régulateur devrait publier en mars 2026 une mise à jour de ses indicateurs de vulnérabilité financière, qui pourrait inclure des mesures prudentielles si la tendance se confirme.
Les observateurs estiment que la hausse de l’endettement restera un enjeu central pour la politique économique marocaine, alors que le pays s’engage dans une nouvelle phase de réformes structurelles visant à consolider la stabilité du secteur bancaire.
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