Maroc : la flambée des prix de la viande rouge interroge l’efficacité des aides publiques

Maroc : la flambée des prix de la viande rouge interroge l’efficacité des aides publiques

La hausse soutenue des prix de la viande rouge au Maroc relance le débat politique sur l’efficacité des dispositifs de soutien public à la filière de l’élevage. Dans plusieurs marchés du pays, le kilogramme de viande ovine dépasse désormais fréquemment la barre des 130 dirhams, alourdissant significativement le budget des ménages.

Selon les dernières observations des marchés de gros, notamment à Casablanca, les prix de la viande ovine affichent une nouvelle progression. Ils oscillent désormais entre 125 et 133 dirhams le kilogramme, dépassant ainsi le plafond précédent de 130 dirhams. Les viandes bovines connaissent une évolution plus modérée, se situant entre 80 et 97 dirhams le kilo, mais restent engagées dans une tendance générale à la hausse.

Interpellation parlementaire

Face à cette situation, le groupe parlementaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) à la Chambre des représentants a interpellé le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari. Les députés ont demandé des explications sur les raisons de cette flambée persistante des prix, malgré les mesures de soutien mises en œuvre au profit des éleveurs au cours des deux dernières années.

Pour les élus socialistes, le constat est sans appel : les aides mobilisées par l’État n’ont pas permis de contenir les prix à la consommation. Cette réalité soulève des questions sur la traçabilité de ces subventions et sur leur impact concret sur le marché final.

Un décalage entre soutien et résultats

Le cœur des critiques porte sur un décalage manifeste entre les efforts budgétaires consentis pour soutenir les éleveurs, dans un contexte de sécheresse prolongée, et l’absence de retombées visibles pour le consommateur. Plusieurs parlementaires pointent des dysfonctionnements dans les circuits de distribution.

Ils évoquent la multiplicité des intermédiaires, des pratiques spéculatives et l’insuffisance des mécanismes de contrôle. Une part importante de la valeur échapperait ainsi à toute régulation, ce qui aurait pour effet de vider les aides publiques de leur portée sociale initiale. En conséquence, la viande rouge devient progressivement un produit inaccessible pour une part croissante de la population, accentuant les inégalités alimentaires dans un contexte d’érosion généralisée du pouvoir d’achat.

Facteurs structurels de la hausse

Au-delà des questions politiques, cette flambée des prix s’explique par plusieurs facteurs structurels. La contraction du cheptel national, conséquence directe des années successives de sécheresse, continue de peser sur l’offre disponible. Cette pression sur l’offre est renforcée par la hausse du coût des intrants, notamment des aliments pour bétail, qui renchérit mécaniquement les prix au niveau de la production.

Parallèlement, la demande reste soutenue, en particulier lors des périodes de forte consommation traditionnelle, ce qui accentue les tensions sur les prix dans un marché où les mécanismes de régulation semblent atteindre leurs limites. Le contexte international influence également la situation. Les perturbations persistantes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, documentées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), contribuent à accroître la volatilité des prix des matières premières agricoles, avec des répercussions indirectes sur les marchés locaux.

Face à cette conjoncture complexe, des voix s’élèvent pour réclamer un audit approfondi des dispositifs de soutien existants. Cet audit viserait à identifier précisément les bénéficiaires finaux des aides, à évaluer l’impact réel de ces mesures sur le renouvellement et la taille du cheptel national, et surtout, à mesurer leur capacité effective à influencer les prix à la consommation. La réponse du ministre de l’Agriculture à l’interpellation parlementaire est désormais attendue pour éclaircir la stratégie gouvernementale face à cette crise des prix.

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