Le porte-parole du gouvernement marocain, Mustapha Baitas, a présenté jeudi 16 avril une lecture détaillée du bilan de mi-mandat exposé la veille par le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, devant le Parlement. Lors du point de presse hebdomadaire suivant le Conseil de gouvernement, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement a insisté sur le caractère volontaire et anticipé de cette initiative, qu’il a qualifiée de « signal fort » adressé à l’opinion publique et aux institutions.
Mustapha Baitas a précisé que cette présentation, intervenue alors qu’il ne reste que quelques mois avant la fin de la législature, n’était pas un exercice formel ou contraint par le calendrier. Il a affirmé qu’elle relevait d’un choix assumé de l’exécutif, visant à exposer les résultats de son action, à ouvrir un débat public et à s’inscrire dans une logique de reddition des comptes.
Une démarche à double objectif
Selon l’exécutif, cette communication anticipée poursuit un double objectif. D’une part, elle doit permettre au public de disposer d’une vision claire et chiffrée de l’action gouvernementale. D’autre part, elle vise à ouvrir un espace de discussion parlementaire en amont, avec deux séances distinctes prévues la semaine suivante à la Chambre des représentants puis à la Chambre des conseillers.
Le porte-parole a décrit cette initiative comme « une démarche positive », traduisant selon lui « la bonne foi » et un « courage politique ». Il a souligné qu’il ne s’agissait pas seulement de dresser un bilan, mais d’en assumer la confrontation politique dans un cadre institutionnel formalisé. L’insistance a été mise sur la dimension chiffrée et fondée sur les données de ce bilan, présenté comme un outil vérifiable et contestable dans l’arène parlementaire.
Un contexte de contraintes multiples
Mustapha Baitas a replacé l’action du gouvernement dans un contexte marqué par une succession de chocs exogènes. Il a cité la sécheresse prolongée sur plusieurs années, les conséquences de la guerre en Ukraine, les tensions persistantes au Moyen Orient, ainsi que l’héritage de la crise sanitaire liée au Covid 19. Ces facteurs ont pesé sur les prix de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et les coûts logistiques.
Dans ce cadre jugé « difficile », le gouvernement cherche à installer une lecture contextualisée de ses performances. Malgré ces contraintes, il revendique des indicateurs macroéconomiques « positifs ». Le porte parole a notamment évoqué une progression du taux de croissance, passée d’environ 1,8% en 2022 à près de 4,8% en 2025, avec des projections avoisinant les 5%. L’inflation serait maîtrisée, après un pic à 6,6% en 2022, pour retomber autour de 0,8% en 2025.
Sur le plan budgétaire, l’exécutif met en avant une réduction progressive du déficit et une trajectoire de dette présentée comme soutenable.
Les leviers sectoriels et l’investissement public
Au delà des agrégats macroéconomiques, le discours s’est appuyé sur plusieurs secteurs moteurs comme le tourisme, le bâtiment, l’industrie ou les services. Les politiques publiques engagées, telles que le soutien au logement, les stratégies industrielles et la relance de l’investissement, sont mobilisées pour expliquer cette dynamique.
L’investissement public constitue un axe majeur de cette lecture. Son volume serait passé de 230 milliards de dirhams en 2021 à près de 380 milliards attendus en 2026, illustrant le rôle de l’État comme moteur de l’activité. Parallèlement, les recettes ordinaires de l’État auraient fortement progressé, atteignant plus de 420 milliards de dirhams en 2025 contre environ 256 milliards en début de mandat. Cette hausse est attribuée à une combinaison de réformes fiscales et d’élargissement de l’assiette, malgré des baisses ciblées d’impôts.
Sur le plan social, le gouvernement met en avant un dialogue social qualifié d’« inédit », avec un effort budgétaire estimé à 47 milliards de dirhams, ainsi que des hausses significatives des budgets de la santé et de l’éducation. L’exécutif insiste sur la cohérence d’ensemble de son action, soulignant que « tous les secteurs » ont contribué à la dynamique, à l’exception notable de l’agriculture pénalisée par la sécheresse.
Une relation de coopération institutionnelle
Mustapha Baitas a tenu à souligner que l’exécutif n’a « jamais été dans une logique d’affrontement » avec les institutions nationales et les organismes producteurs de données. Il a au contraire mis en avant une approche fondée sur le respect et la coopération avec ces acteurs.
La prochaine étape de ce processus de reddition des comptes sera les séances de discussion parlementaire prévues à la Chambre des représentants et à la Chambre des conseillers la semaine suivant cette annonce. Ces débats constitueront le premier test formel de la réception par l’opposition et la majorité des éléments du bilan présenté par le Chef du gouvernement.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire