Bilan gouvernemental : l’opposition marocaine critique la méthode et relativise les résultats

Bilan gouvernemental : l’opposition marocaine critique la méthode et relativise les résultats

Lors de la séance plénière du mardi 21 avril consacrée à l’examen du bilan de l’action gouvernementale, les groupes parlementaires de l’opposition ont formulé des critiques structurées, portant sur le fond des politiques présentées et sur le ton employé par l’exécutif.

Le député Abderrahim Chahid, au nom du groupe socialiste, a interrogé le gouvernement sur son registre discursif. Il a dénoncé l’usage récurrent, selon lui, de « slogans, polémiques, dépréciations et attaques stériles » envers l’opposition. Il a demandé si le gouvernement s’adressait « aux représentants de la Nation, ou à un ennemi », qualifiant ce langage d’excluant.

Sur le fond, le chef de file socialiste a estimé qu’un bilan ne pouvait se limiter à une énumération de réalisations. Il a reproché au document de ne pas intégrer une lecture lucide des insuffisances et d’omettre certains événements majeurs, comme le séisme du 8 septembre ou les récentes inondations.

Il a également questionné le calendrier de cette présentation, la jugeant prématurée au regard des échéances institutionnelles restantes, suggérant une démarche guidée par des considérations politiques.

Des résultats relativisés face au quotidien des citoyens

Du côté du Mouvement populaire, le président du groupe, Driss Sentissi, a relativisé la portée du bilan. Il a souligné que de nombreuses réformes mises en avant s’inscrivaient dans des dynamiques de long terme et ne pouvaient être attribuées exclusivement à l’actuel gouvernement.

Il a recentré le débat sur une question simple : « Qu’est-ce qui a réellement changé dans la vie des Marocains ? ». À ses yeux, la hausse du coût de la vie, la persistance du chômage et les difficultés d’accès aux services de base relativisent fortement les indicateurs macroéconomiques avancés.

Le député a critiqué la présentation de certaines politiques sociales, estimant que la distribution d’aides ne constituait pas un indicateur de réussite en l’absence d’impact mesurable. Il a aussi pointé un déficit d’interaction entre le gouvernement et le Parlement, évoquant des initiatives de contrôle restées sans suite.

Le groupe a dressé un inventaire des promesses jugées non tenues, citant la création d’un million d’emplois nets, la sortie d’un million de familles de la précarité, ou l’amélioration du classement du système éducatif.

Une opposition critique sur des référentiels précis

Le Parti du progrès et du socialisme a adopté une posture nuancée dans la forme mais ferme sur le fond. Son président de groupe, Rachid Hamouni, a reconnu quelques avancées, notamment en matière d’investissement public, tout en rappelant que leur mise en valeur relevait du rôle de la majorité.

Il a insisté sur le rôle de l’opposition, qui doit exercer une fonction critique « responsable et argumentée », fondée sur des référentiels précis comme le programme gouvernemental, les données des institutions indépendantes et la réalité sociale observable.

À l’aune de ces critères, le constat du PPS est sévère. Hamouni a évoqué une dégradation du pouvoir d’achat, une montée du chômage, une pression sur les entreprises et une érosion des services publics, affirmant que « la réalité sociale ne se décrète pas ».

Il a également dénoncé une tendance à intégrer dans le bilan gouvernemental des acquis structurels relevant de trajectoires de long terme, brouillant ainsi la lecture de l’action propre de l’exécutif.

Enfin, le chef de file du PPS a relevé une inflexion dans le ton adopté par le gouvernement lors de cette présentation, jugé plus mesuré que par le passé. Il a interprété cette évolution comme une reconnaissance implicite des tensions sociales accumulées.

La discussion du bilan gouvernemental au Parlement se poursuivra avec les interventions des groupes de la majorité. Le débat devrait permettre de clarifier les positions de chaque camp avant les prochaines échéances politiques.

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