Rabat, Maroc – Le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a annoncé mardi devant les députés que le cheptel national, notamment ovin et caprin, est désormais estimé entre 33 et 40 millions de têtes. Il a qualifié ce niveau d’« historique » et l’a attribué à une politique publique de soutien massif aux éleveurs.
Selon les déclarations officielles, près de 13 milliards de dirhams (MMDH) ont été mobilisés pour accompagner les éleveurs dans un contexte climatique marqué par plusieurs années de sécheresse. « Ces milliards ont été effectivement déployés et ont été perçus par les bénéficiaires », a insisté le chef de l’Exécutif, soulignant que cette intervention était nécessaire pour éviter l’effondrement du cheptel.
Un appel à la mise sur le marché
Derrière ce bilan positif, le discours gouvernemental a introduit une inflexion claire : l’heure n’est plus au soutien, mais à la mise sur le marché. Aziz Akhannouch a lancé un appel direct aux éleveurs, les invitant à cesser toute rétention de bétail dans l’attente d’une nouvelle hausse des prix ou d’aides supplémentaires. « Ceux qui continuent de retenir leurs troupeaux se trompent », a-t-il averti, estimant qu’une injection massive de l’offre permettrait mécaniquement de faire baisser les prix et de soulager le pouvoir d’achat des ménages.
Un programme national de reconstitution du cheptel
Ce rebond s’inscrit dans le cadre du programme national de reconstitution du cheptel, mis en place pour répondre aux effets cumulés de la sécheresse et de la flambée des coûts de l’alimentation animale. Ce programme a reposé sur plusieurs leviers : subventions directes aux éleveurs, encadrement des cycles d’abattage, et une stratégie de préservation des naissances sur deux saisons consécutives. Cette politique de « non-abattage » ciblé a permis d’augmenter significativement le nombre de têtes, en favorisant la reproduction plutôt que la commercialisation immédiate.
Le gouvernement revendique aujourd’hui les résultats de ce choix, présenté comme structurant pour la souveraineté alimentaire du pays. Dans le même registre, l’Exécutif a rappelé la décision exceptionnelle liée à l’Aïd Al-Adha l’an dernier, prise sur hautes orientations royales. En suspendant de facto la pression sur le cheptel à un moment critique, cette mesure a contribué à préserver le stock national.
Tensions sur les prix à la consommation
Si l’offre est effectivement en hausse, les prix à la consommation continuent de susciter des tensions. Le gouvernement mise sur un ajustement naturel du marché, conditionné par l’arrivée massive des bêtes sur les circuits de distribution. Cette approche transfère, de facto, une partie de la responsabilité aux éleveurs eux-mêmes.
Ce positionnement s’inscrit dans une lecture plus large de « l’État social » revendiquée par l’Exécutif, où l’intervention publique vise à amortir les chocs, sans se substituer durablement aux mécanismes du marché. Aziz Akhannouch a rappelé en filigrane qu’après les aides exceptionnelles, aucune nouvelle enveloppe n’est prévue, marquant ainsi un tournant dans la gestion du secteur.
Prochaines étapes
Le véritable test se jouera dans les semaines à venir. Si les éleveurs répondent à l’appel et que l’offre se fluidifie, une détente des prix pourrait s’opérer, validant la stratégie gouvernementale. Aucune nouvelle mesure d’aide directe n’a été annoncée pour l’instant.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire