Féminisation de l’industrie marocaine : 41 % de la main-d’œuvre sont des femmes, 62 % dans le textile

Féminisation de l’industrie marocaine : 41 % de la main-d’œuvre sont des femmes, 62 % dans le textile

Rabat, Maroc – Selon une étude présentée à Rabat lors de la première édition de la Journée internationale de la femme dans l’industrie, les femmes représentent désormais 41 % de la main-d’œuvre industrielle marocaine. Ce taux place le Maroc au-dessus de plusieurs économies développées, notamment la France (30 %), les États-Unis (28,7 %) et le Royaume-Uni (28,4 %). L’étude, dont les résultats ont été dévoilés par des responsables du ministère de l’Industrie et du Commerce, montre que cette féminisation n’est pas un simple rattrapage statistique mais traduit une dynamique structurelle portée par des secteurs clés.

Le secteur textile domine largement avec 62 % de femmes, suivi par l’industrie pharmaceutique (44 %), l’agroalimentaire (43 %) et, fait notable, des secteurs historiquement masculins comme l’automobile et l’aéronautique, où les femmes occupent 41 % des effectifs. L’étude a été réalisée par l’Observatoire de l’industrie marocaine en partenariat avec des associations professionnelles.

Évolution vers des emplois à plus forte valeur ajoutée

Entre 2015 et 2025, le marché du travail industriel a connu ce que l’étude qualifie de « grand basculement » vers des emplois à plus forte valeur ajoutée. Si la part globale des femmes dans certaines catégories d’emploi a légèrement reculé à 48 % (soit une baisse de 4 points), cette baisse apparente masque une montée en gamme. Les femmes accèdent davantage à des postes qualifiés, mieux rémunérés et à plus forte responsabilité.

Aujourd’hui, elles occupent 32 % des postes qualifiés, soit une progression de 6 points en dix ans. Cette évolution est tirée principalement par les filières automobile, textile et agroalimentaire, qui concentrent une part importante de ces emplois à haute technicité chez les femmes.

Progression dans l’encadrement et la direction

Le mouvement est encore plus visible dans les fonctions d’encadrement et de décision. La part des femmes cadres supérieures et dirigeantes atteint 30 %, marquant une hausse de 8 points depuis 2015. La progression touche également les fonctions managériales (31 %, +6 points), les postes d’ingénierie (30 %, +5 points) ainsi que les métiers techniques (33 %, +6 points), confirmant une insertion plus qualitative des femmes dans l’appareil productif.

Certains secteurs se distinguent particulièrement par leur capacité à tirer cette dynamique. L’aéronautique s’impose comme un véritable levier d’ascension professionnelle, avec 39 % de femmes dans les postes qualifiés (+8 points). Il devient également le deuxième employeur d’ingénieures au niveau national, avec une proportion de 42 %. Les progressions y sont particulièrement marquées dans les fonctions d’encadrement, notamment chez les ingénieures (+14 points), les manageuses (+13 points) et les directrices (+11 points).

De son côté, l’industrie pharmaceutique apparaît comme le modèle le plus abouti en matière de parité. Elle est aujourd’hui le seul secteur industriel à garantir un seuil minimum de 41 % de femmes dans l’ensemble de ses catégories professionnelles. Elle affiche également 44 % de femmes dans les postes qualifiés et 42 % dans les fonctions de gestion et de direction, avec un pic à 49 % chez les techniciennes.

Cette photographie met en évidence une mutation silencieuse mais profonde : l’industrie marocaine ne se contente plus d’intégrer les femmes, elle recompose progressivement ses hiérarchies internes en leur ouvrant des espaces de responsabilité. Les responsables présents à l’événement ont souligné la nécessité de consolider cette trajectoire, notamment en réduisant les écarts persistants et en assurant une égalité d’accès aux opportunités, en particulier dans les filières les plus stratégiques comme l’automobile et l’aéronautique.

À l’avenir, le gouvernement prévoit de renforcer les programmes de formation professionnelle et de mentorat destinés aux femmes dans les métiers industriels, avec un objectif d’atteindre 45 % de main-d’œuvre féminine d’ici 2030. Des discussions sont en cours avec les fédérations patronales pour élargir ces dispositifs aux secteurs émergents de la chimie et des énergies renouvelables.

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