Rabat – L’agriculture marocaine, qui contribue à plus de 10 % du produit intérieur brut national, subit de plein fouet les conséquences des dérèglements climatiques. Selon un rapport conjoint de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), intitulé « Chaleur extrême et agriculture », le Royaume a traversé entre 2022 et 2024 l’une des séquences météorologiques les plus sévères de son histoire récente. Le document tire la sonnette d’alarme sur l’impact croissant des vagues de chaleur extrême sur les systèmes agricoles et alimentaires marocains.
Le rapport met en évidence la dépendance persistante du secteur vis-à-vis de l’agriculture pluviale, ce qui expose directement les cultures aux aléas climatiques. Entre 2022 et 2024, le Maroc a été confronté à une combinaison de sécheresse prolongée et de vagues de chaleur répétées. Des épisodes extrêmes ont été enregistrés, notamment une vague de chaleur de 11 jours en mars 2023 et un autre épisode de 10 jours en juillet 2024, avec des températures dépassant à plusieurs reprises les 40 °C. Ces conditions ont accentué le stress hydrique et thermique des cultures et du bétail, tout en augmentant le risque de feux de forêt.
Des rendements céréaliers en chute libre
Les conséquences sur la production agricole sont déjà tangibles. Les rendements céréaliers ont chuté de 43 % sur la campagne 2023-2024, atteignant leur plus bas niveau historique. La production de blé, pilier de l’alimentation nationale, a enregistré son niveau le plus faible depuis plus de quinze ans. Les cultures à forte valeur ajoutée ne sont pas épargnées : les températures élevées, notamment nocturnes, ont provoqué la chute prématurée des fruits et une baisse du rendement en huile d’olive. Les agrumes, autre pilier de l’agriculture d’exportation, ont également subi un recul notable, tant en volume qu’en expéditions.
Du côté de l’élevage, le stress thermique combiné au manque de fourrage a affecté la santé du cheptel, entraînant une baisse de la production laitière et de la productivité des viandes. Face à ces contraintes, de nombreux agriculteurs ont réduit leurs surfaces cultivées, voire abandonné certaines cultures, notamment dans les zones bour (terres non irriguées).
Des effets systémiques sur les ressources hydriques et les forêts
En plus des pertes directes, le rapport met en lumière des effets systémiques. Les incendies de forêt, favorisés par la chaleur et la sécheresse, ont atteint des niveaux records, avec plus de 22 700 hectares brûlés en 2022, principalement dans la région du Rif. Mais c’est surtout la pression sur les ressources hydriques qui inquiète les experts. À l’été 2024, la combinaison d’un déficit pluviométrique et d’une évaporation accrue a conduit à des niveaux historiquement bas dans les barrages et les nappes phréatiques. Cette situation a perturbé l’ensemble du système de distribution d’eau, entraînant des restrictions d’irrigation et des pénuries d’eau potable dans plusieurs régions.
Pour les agences onusiennes, ces signaux traduisent une fragilité structurelle des systèmes agricoles marocains face à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes. Le défi n’est plus conjoncturel, mais systémique.
Vers une adaptation urgente du modèle agricole
Le rapport insiste sur l’urgence d’accélérer les mesures d’adaptation : sélection de cultures plus résilientes, ajustement des calendriers agricoles, amélioration des pratiques de gestion de l’eau et généralisation des systèmes d’alerte précoce pour anticiper les épisodes de chaleur extrême. Il met également en avant la nécessité de renforcer les mécanismes de protection économique, notamment à travers des assurances agricoles et des dispositifs financiers capables d’amortir les chocs climatiques.
Toutefois, les solutions techniques ne suffiront pas à elles seules. Les auteurs pointent des obstacles structurels persistants, liés à l’accès à l’information, à la formation et aux ressources, qui limitent la capacité d’adaptation des agriculteurs, en particulier les plus vulnérables. Le rapport souligne que la sécurité alimentaire du Maroc dépendra de la capacité à repenser en profondeur les modèles agricoles face à un climat devenu imprévisible.
Les prochaines étapes annoncées par le rapport incluent un appel à des politiques nationales ambitieuses, ainsi qu’à une solidarité internationale renforcée pour partager les risques et accompagner la transition. Aucun calendrier précis n’a été communiqué, mais les experts recommandent une mise en œuvre rapide des mesures proposées avant la prochaine campagne agricole.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire