Agriculture et intelligence artificielle : le Maroc franchit un nouveau cap

Agriculture et intelligence artificielle : le Maroc franchit un nouveau cap

Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, et la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, ont officialisé, mercredi à Rabat, le lancement d’une initiative visant à intégrer l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur agricole marocain.

Cette annonce constitue une étape clé dans la stratégie de modernisation du secteur primaire, alors que le Maroc fait face à des défis croissants liés aux changements climatiques, à la rareté des ressources hydriques et à la nécessité d’accroître la productivité. Selon les deux ministres, l’objectif est d’utiliser l’IA pour optimiser la gestion des cultures, améliorer l’irrigation de précision, prévoir les rendements et détecter précocement les maladies des plantes.

Un cadre de coopération interministérielle

La convention-cadre signée entre les deux départements prévoit la mise en place d’une plateforme numérique dédiée à l’agriculture intelligente. Celle-ci devra centraliser les données agrométéorologiques, satellitaires et issues de capteurs connectés, afin de fournir aux agriculteurs des recommandations en temps réel.

Ahmed El Bouari a souligné que cette initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie Génération Green 2020-2030, qui vise à moderniser l’agriculture marocaine tout en renforçant sa résilience. Selon lui, l’IA permettra de passer d’une agriculture réactive à une agriculture prédictive, réduisant ainsi les pertes et améliorant la gestion des intrants.

De son côté, Amal El Fallah Seghrouchni a précisé que le ministère de la Transition numérique mobilisera ses équipes pour former les techniciens agricoles à l’utilisation des outils d’IA. Elle a également annoncé le développement d’un algorithme national de prévision des récoltes, basé sur les données historiques et les modèles climatiques.

Implications pour les agriculteurs et l’économie

Les effets attendus de cette réforme concernent principalement les petites et moyennes exploitations, qui représentent près de 70 % de la surface agricole utile au Maroc. L’accès à des informations précises sur l’humidité du sol, les besoins en fertilisants ou les risques de gel pourrait permettre de réduire les coûts de production tout en augmentant les rendements.

Les autorités estiment que l’IA pourrait contribuer à économiser jusqu’à 30 % de l’eau d’irrigation dans certaines régions, un enjeu crucial alors que le Maroc connaît une sécheresse persistante depuis plusieurs années. Le recours aux drones et aux images satellites, déjà expérimenté dans des périmètres pilotes comme le bassin du Gharb, sera étendu à d’autres zones agricoles.

Sur le plan économique, la digitalisation du secteur devrait également faciliter l’accès au crédit pour les agriculteurs, grâce à une meilleure traçabilité des données de production. Les banques et les assurances pourront ainsi évaluer plus précisément les risques et proposer des produits adaptés.

Prochaines étapes et calendrier

Les deux ministères prévoient de lancer une phase pilote dès le premier semestre 2025, dans trois régions agricoles représentatives : le Saïs, le Souss-Massa et l’Oriental. Ces tests permettront de valider les modèles d’IA et d’ajuster les outils avant un déploiement national prévu pour 2027.

Un comité de suivi conjoint sera mis en place pour évaluer l’impact de la convention tous les six mois. Les premiers résultats, notamment en matière d’économie d’eau et d’amélioration des rendements, devraient être rendus publics fin 2025.

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