Prisons marocaines : un rapport officiel alerte sur la surpopulation, les grèves et les défaillances médicales

Prisons marocaines : un rapport officiel alerte sur la surpopulation, les grèves et les défaillances médicales

Le rapport d’activités 2025 de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), signé par son délégué général Mohamed Salah Tamek, dresse un constat alarmant de la situation des établissements pénitentiaires au Maroc. Ce document officiel, rendu public cette semaine, met en lumière une pression constante sur le système carcéral, marquée par une surpopulation chronique, un encadrement médical jugé insuffisant, des mouvements de grève récurrents du personnel et une recrudescence des actes de violence.

Surpopulation et conditions de détention

Selon les données compilées par la DGAPR, le taux d’occupation moyen des prisons marocaines dépasse largement les capacités initiales. Fin 2025, plus de 85 000 détenus étaient incarcérés pour une capacité théorique d’environ 60 000 places. Cette surpopulation entraîne une détérioration des conditions de vie, un manque d’espace vital et une promiscuité qui favorise les tensions entre détenus.

Le rapport souligne que cette pression démographique complique la mise en œuvre des programmes de réinsertion et d’activités socio-éducatives. Les autorités pénitentiaires rappellent que des efforts ont été déployés pour construire de nouveaux établissements, mais l’augmentation constante du nombre d’incarcérés neutralise ces initiatives.

Défaillances du système de soins

L’un des points les plus critiques du rapport concerne l’encadrement médical au sein des prisons. Le document indique que le ratio de médecins et d’infirmiers par détenu reste très en deçà des normes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. Le manque de personnel médical permanent, la rareté des spécialistes, le vieillissement des infrastructures sanitaires et l’absence de matériel diagnostique de base sont autant de lacunes relevées.

Les cas de maladies chroniques non traitées, de troubles psychiatriques non pris en charge et de retards dans les soins d’urgence sont cités comme des risques majeurs pour la santé publique. Le rapport appelle à un renforcement immédiat des effectifs médicaux et à la création d’unités de soins dédiées aux pathologies lourdes.

Grèves du personnel et violences

Le climat social s’est également dégradé au cours de l’année 2025. Le rapport fait état de plusieurs mouvements de grève du personnel pénitentiaire dans diverses régions, notamment à Casablanca, Rabat et Marrakech. Les agents dénoncent des conditions de travail précaires, des salaires insuffisants, un manque de reconnaissance et une exposition quotidienne à des risques sécuritaires élevés.

Ces grèves ont occasionné des perturbations dans le fonctionnement normal des établissements, avec des fermetures partielles de sections et une réduction des activités de réinsertion. Parallèlement, le rapport enregistre une augmentation des incidents violents, tant entre détenus qu’entre détenus et personnel. Les affrontements, les agressions physiques et les tentatives d’évasion ont connu une hausse significative par rapport à l’année précédente.

Réponses institutionnelles et perspectives

Face à cette situation, la DGAPR annonce plusieurs mesures pour tenter de désamorcer la crise. Le rapport prévoit le recrutement de 500 agents supplémentaires d’ici la fin de l’année 2026, ainsi que l’ouverture de deux nouveaux centres de détention dans les régions de Fès et d’Agadir. Par ailleurs, un partenariat avec le ministère de la Santé doit permettre le déploiement de trente médecins généralistes et de quinze psychologues au sein des prisons les plus saturées.

Des négociations avec les syndicats du secteur sont également en cours pour améliorer les conditions salariales et réduire les heures supplémentaires obligatoires. Le gouvernement a promis une enveloppe budgétaire supplémentaire de 120 millions de dirhams pour la rénovation des infrastructures sanitaires et sécuritaires.

Les observateurs estiment que ces mesures, bien que nécessaires, restent insuffisantes face à l’ampleur des défis structurels. La question de la réforme de la politique pénale, notamment la réduction du recours à la détention provisoire et le développement des alternatives à l’incarcération, est présentée comme une priorité à long terme par plusieurs associations de défense des droits humains. Le rapport de la DGAPR doit servir de base à une concertation nationale sur l’avenir du système pénitentiaire marocain, dont les conclusions sont attendues pour le premier semestre 2026.

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