Pour pallier un déficit de main d’œuvre estimé à près de deux millions de travailleurs, l’Ukraine entend assouplir les conditions d’embauche des ouvriers étrangers, notamment en provenance du Maroc, de l’Égypte, de l’Irak et du Pakistan. Cette information a été communiquée par Arsen Makarchuk, chef du service des chiffres du gouvernement ukrainien, dans des propos rapportés par le journal ukrainien « Na Pensii ».
Selon M. Makarchuk, la baisse du nombre d’actifs dans les zones sous contrôle de l’armée de Kiev a poussé les autorités à demander au ministère des Affaires étrangères et au service de sécurité de réviser en urgence la liste des pays présentant le plus faible risque migratoire. L’objectif est de faciliter le recrutement de travailleurs issus de ces États. Cette liste comprend actuellement près de soixante dix pays, dont le Maroc, l’Égypte, l’Irak et le Pakistan.
Le responsable a précisé que le recours à ces travailleurs ne se fera pas de manière indifférenciée, mais sera ciblé principalement sur les secteurs de la logistique et du bâtiment. Il a également indiqué que la population des zones sous contrôle ukrainien est tombée à environ 25 millions d’habitants, tandis que le manque de bras atteint près de deux millions, exerçant une forte pression sur le marché du travail et le système social.
Un déficit démographique et social critique
Arsen Makarchuk a souligné que les responsables ukrainiens discutent sérieusement de l’attractivité du pays pour les immigrés, bien que les données disponibles ne fassent état d’aucun afflux massif de travailleurs étrangers pour l’instant. De son côté, Denys Olutin, ministre de la Politique sociale de l’Ukraine, a prévu le retour d’environ deux millions de personnes après la fin du conflit ou une stabilisation du cessez le feu.
M. Olutin a qualifié la situation démographique de « très critique », précisant que le pays compte près de 13 millions de citoyens bénéficiant d’aides sociales, aux côtés d’environ 10,2 millions de retraités. Cette structure démographique génère, selon lui, de sérieux défis pour le recrutement de main d’œuvre et pèse lourdement sur le système social. Même dans un scénario optimiste où la population atteindrait 29 millions d’individus, le nombre de citoyens actifs resterait très faible.
Des permis de travail en forte baisse depuis 2022
Le service du travail du gouvernement ukrainien indique qu’avant la guerre, les employeurs du pays délivraient près de 20 000 permis de travail par an pour recruter des profils étrangers. Ce chiffre a chuté après 2022, avec seulement 7 483 permis émis l’année dernière.
Olga Dukhnych, responsable du cursus « Démographie et flux » à l’institut « Frontier », a déclaré que l’Ukraine souffre d’un manque d’expertise pour gérer l’exode de travailleurs étrangers à grande échelle et conserve encore des stéréotypes figés sur les populations du tiers monde, comme le rapporte le journal « Na Pensii ». Elle a estimé qu’il est impératif de déployer des efforts considérables pour attirer une main d’œuvre extérieure.
Dans les mois à venir, les autorités ukrainiennes devraient finaliser la révision de la liste des pays à faible risque migratoire et mettre en place des procédures accélérées pour l’octroi de permis de travail, en priorité dans les secteurs du bâtiment et de la logistique. Aucun calendrier précis n’a encore été communiqué.
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