Lors d’un entretien accordé au journal Le Matin, Malika Slaoui, fondatrice de l’initiative « Nid d’artistes », a exposé sa vision d’une archive vivante de l’Afrique. Selon elle, le continent doit impérativement produire ses propres récits culturels et préserver sa mémoire vivante, une démarche qui trouve son origine au Maroc.
Une archive vivante pour l’Afrique
Interrogée sur la signification concrète de ce concept, Malika Slaoui a précisé que « Nid d’artistes » se veut un espace de collecte, de documentation et de diffusion des expressions culturelles africaines. L’initiative vise à contrer ce qu’elle décrit comme une hégémonie narrative externe, en donnant la parole aux artistes et aux communautés locales.
L’archive, a-t-elle expliqué, ne se limite pas à des documents écrits ou numériques. Elle inclut des témoignages oraux, des performances, des œuvres visuelles et sonores, ainsi que des pratiques artisanales. L’objectif est de créer un ensemble dynamique et accessible, reflet de la diversité culturelle du continent.
Une genèse marocaine
Le projet a vu le jour au Maroc, pays que Malika Slaoui considère comme un carrefour historique entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Elle a souligné que cette position géographique et culturelle offre un cadre idéal pour initier une démarche panafricaine de sauvegarde du patrimoine immatériel.
L’initiative s’appuie sur des partenariats avec des institutions culturelles marocaines, des universités et des artistes indépendants. Selon la fondatrice, le Maroc dispose d’une infrastructure favorable à ce type de projet, grâce à son réseau de festivals, de musées et de centres de recherche.
Les enjeux de la mémoire vivante
Pour Malika Slaoui, la préservation de la mémoire vivante est un enjeu de souveraineté culturelle. Elle a insisté sur le fait que les récits africains ont longtemps été filtrés ou interprétés par des acteurs extérieurs, ce qui a conduit à une vision partielle, voire déformée, des réalités du continent.
« Il est essentiel que les Africains racontent leur propre histoire, avec leurs propres mots et leurs propres formes d’expression », a-t-elle déclaré. L’archive vivante doit permettre de conserver ces récits pour les générations futures, tout en les rendant accessibles à un public international.
La démarche inclut également un volet numérique, avec la création d’une plateforme en ligne destinée à héberger les contenus collectés. Cette plateforme sera conçue pour être facilement consultable par les chercheurs, les étudiants et le grand public, tout en respectant les droits des ayants droit.
Un modèle participatif
Contrairement à une archive traditionnelle, souvent centralisée et administrée par des institutions, « Nid d’artistes » se veut participatif. Les artistes et les communautés sont invités à contribuer directement à l’enrichissement de la collection, en déposant leurs œuvres, leurs témoignages ou leurs savoir-faire.
Ce modèle, selon Malika Slaoui, garantit une plus grande authenticité et une meilleure représentativité des diversités culturelles africaines. Il permet également de renforcer le sentiment d’appropriation du patrimoine par les populations locales.
L’initiative prévoit également des ateliers de formation et de sensibilisation à destination des jeunes, afin de les encourager à s’engager dans la préservation de leur mémoire collective.
Perspectives et développements attendus
Dans les mois à venir, « Nid d’artistes » devrait lancer une première phase de collecte de terrain dans plusieurs régions du Maroc, avant de s’étendre à d’autres pays africains. Des partenariats avec des organisations internationales spécialisées dans la sauvegarde du patrimoine immatériel sont également en cours de négociation.
La fondatrice a indiqué que le projet bénéficie déjà d’un soutien financier et logistique de la part de fondations privées et d’institutions publiques marocaines. Une campagne de financement participatif est également envisagée pour assurer la pérennité de l’initiative.
À terme, l’objectif est de constituer une archive numérique exhaustive ouverte à tous, tout en organisant des expositions et des événements culturels réguliers pour valoriser les contenus collectés. Malika Slaoui espère que ce modèle pourra être reproduit dans d’autres régions du continent, afin de créer un réseau panafricain de mémoires vivantes.
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