Sahel : les tensions entre Alger et Moscou s’accentuent autour du dossier malien

Sahel : les tensions entre Alger et Moscou s’accentuent autour du dossier malien

La visite de l’ambassadeur d’Algérie à Kiev sur un site touché par une frappe russe suscite des interrogations, dans un contexte de divergences croissantes entre Alger et Moscou au sujet du Mali. Cette séquence, inhabituelle pour un partenaire historique de la Russie, a été marquée par un ton particulièrement explicite dans la communication officielle de l’ambassade algérienne en Ukraine.

La représentation diplomatique algérienne à Kiev a publié des images montrant son ambassadeur en visite sur un site touché lors d’une frappe russe contre la capitale ukrainienne. Selon le commentaire diffusé par l’ambassade, cette visite a eu lieu à l’initiative du ministère ukrainien des Affaires étrangères, qui a organisé un déplacement pour les diplomates accrédités après une attaque ayant visé un immeuble résidentiel au centre de Kiev. La séquence, bien que protocolaire, est politiquement sensible.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, Alger a maintenu une position prudente, évitant les condamnations directes de Moscou tout en préservant sa relation historique avec la Russie, principal fournisseur d’armements de l’armée algérienne. Or, plusieurs éléments ont attiré l’attention. Le ton employé dans la communication officielle de l’ambassade algérienne à Kiev tranche avec la réserve habituelle d’Alger sur le dossier ukrainien. Le commentaire évoque explicitement une « attaque » contre un immeuble résidentiel, mentionne « la chute d’un missile » ainsi qu’un bilan de « 24 morts et plusieurs blessés ». Il souligne également qu’une journée de deuil a été décrétée dans la capitale ukrainienne après cette frappe.

Une prise de distance dans un contexte régional tendu

Cette formulation semble refléter une volonté de prise de distance de la part d’Alger, alors que les relations entre Alger et Bamako traversent une phase de turbulences. Les autorités maliennes ont renforcé leur rapprochement avec Moscou sur les plans militaire et sécuritaire, au moment même où les désaccords se multiplient avec l’Algérie autour du nord du Mali et de l’avenir de l’Accord d’Alger. Cette évolution réduit progressivement les marges d’influence traditionnelles d’Alger dans le dossier malien.

La Russie privilégie désormais un soutien assumé aux autorités maliennes, même lorsque cela entre en contradiction avec les intérêts régionaux algériens. Le malaise entre Alger et Moscou s’est accentué depuis l’été 2024, lorsque les services de renseignement militaire ukrainiens ont revendiqué avoir fourni des renseignements aux rebelles ayant infligé de lourdes pertes aux mercenaires russes de Wagner et à l’armée malienne lors des combats de Tinzaouatène. Bamako a alors rompu ses relations diplomatiques avec Kiev, accusant l’Ukraine de soutenir des groupes armés hostiles au Mali.

Des signaux nuancés envers les partenaires occidentaux

Dans les mois suivants, plusieurs médias internationaux ont évoqué des contacts discrets entre acteurs ukrainiens et groupes rebelles du nord malien, notamment autour de l’utilisation de drones et du renseignement tactique. Ce dossier est particulièrement sensible pour Moscou, alors que l’ambassade ukrainienne compétente pour le Mali est basée à Alger. Dans ce contexte, Alger semble chercher à envoyer des signaux plus nuancés à ses partenaires occidentaux, notamment aux États-Unis, afin de démontrer une forme d’autonomie vis-à-vis de Moscou.

Cette évolution confirme le caractère de plus en plus contradictoire de la ligne diplomatique algérienne. Après avoir longtemps cultivé une relation privilégiée avec Moscou à travers sa dépendance aux équipements militaires russes, Alger semble désormais multiplier les repositionnements au gré des recompositions régionales et des rapports de force internationaux.

Les prochaines semaines pourraient voir une clarification des positions respectives d’Alger et de Moscou sur le dossier malien, alors que les initiatives diplomatiques autour du nord du Mali se multiplient et que l’Accord d’Alger reste en suspens.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.