200 millions d’euros de la BAD pour renforcer l’employabilité au Maroc via le programme « Cap Compétences 2030 »

200 millions d’euros de la BAD pour renforcer l’employabilité au Maroc via le programme « Cap Compétences 2030 »

Rabat, Maroc — La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un financement de 200 millions d’euros destiné au Maroc dans le cadre du programme « Cap Compétences 2030 ». Cette enveloppe, axée sur les résultats, vise à améliorer l’employabilité des jeunes et des adultes en renforçant la pertinence, la qualité et la diversification de l’offre de formation professionnelle.

L’annonce a été faite le 2 novembre 2023 par les responsables de la BAD à l’issue d’une réunion du conseil d’administration à Abidjan. Ce programme s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des compétences pour répondre aux besoins du marché du travail marocain, particulièrement dans les secteurs à fort potentiel de croissance.

Objectifs du programme

Le financement de la BAD soutiendra plusieurs axes prioritaires. Il s’agit notamment de la numérisation des systèmes de formation, de l’adaptation des programmes aux exigences des employeurs et du développement de filières innovantes dans les métiers d’avenir.

Le programme « Cap Compétences 2030 » cible particulièrement les jeunes en situation de précarité, les femmes et les travailleurs désireux de se reconvertir. Selon les données officielles, le taux de chômage au Maroc s’élevait à 12,4 % au deuxième trimestre de 2023, avec une proportion plus élevée chez les jeunes de 15 à 24 ans, atteignant près de 36 %.

Mécanisme de financement fondé sur les résultats

Le mécanisme de financement retenu est celui d’un prêt axé sur les résultats. Cela signifie que les décaissements seront liés à l’atteinte d’indicateurs précis, tels que le nombre de diplômés, le taux d’insertion professionnelle ou la mise en place de nouveaux partenariats public-privé.

Ce modèle incite le gouvernement marocain à maximiser l’efficacité des dépenses éducatives et à garantir un impact tangible sur le marché du travail. La BAD souligne que cette approche a déjà fait ses preuves dans d’autres pays africains, comme le Sénégal ou le Kenya, où des programmes similaires ont permis d’augmenter de 30 % le taux d’emploi des bénéficiaires dans les 18 mois suivant la formation.

Contexte économique et social

Le Maroc fait face à un défi démographique avec l’arrivée chaque année de près de 400 000 jeunes sur le marché du travail, alors que seulement 200 000 emplois environ sont créés annuellement. Le gap entre l’offre et la demande de compétences est particulièrement prononcé dans les métiers du numérique, de l’industrie verte et de l’économie circulaire.

Le programme « Cap Compétences 2030 » prévoit la création de 50 000 places supplémentaires dans les centres de formation professionnelle d’ici 2030, ainsi que la modernisation de 120 établissements existants. L’accent sera mis sur les filières liées aux énergies renouvelables, à la transformation agroalimentaire et aux services à haute valeur ajoutée.

Réactions des acteurs

Le ministre marocain de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation a salué cette initiative, affirmant qu’elle permettra de « doter le Maroc d’un capital humain compétitif et résilient ». La BAD, par la voix de sa vice-présidente pour l’Afrique du Nord, a insisté sur la nécessité d’aligner les formations sur les mutations économiques mondiales, notamment la transition numérique et écologique.

Des syndicats d’enseignants ont toutefois exprimé des réserves sur la rapidité des réformes, craignant un déséquilibre entre les formations courtes et les diplômes universitaires classiques. La BAD a précisé que le programme sera évalué annuellement par un comité de suivi composé de représentants du ministère, d’experts indépendants et de partenaires sociaux.

Le financement de la BAD s’ajoute à un effort national de 1,2 milliard d’euros déjà engagé par le Maroc pour la réforme de la formation professionnelle depuis 2021. Les prochaines étapes incluent le lancement d’un appel d’offres pour l’équipement numérique des centres, prévu pour le premier semestre de 2024, et la signature de conventions avec des entreprises privées pour des formations en alternance.

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