Amina Bouayach met en garde contre les risques numériques pour les droits fondamentaux avant 2026

Amina Bouayach met en garde contre les risques numériques pour les droits fondamentaux avant 2026

La présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, a alerté vendredi à Marrakech sur les bouleversements profonds que les mutations technologiques, notamment l’essor de l’intelligence artificielle et des algorithmes, font peser sur les droits fondamentaux et les processus démocratiques. Intervenant à l’ouverture de la conférence internationale consacrée aux droits humains et aux lois électorales, elle a estimé que ces transformations placent les démocraties contemporaines face à une « épreuve structurelle sans précédent », affectant aussi bien les libertés individuelles que les mécanismes de formation de l’opinion publique.

Un cadre symbolique à Marrakech

Dans son allocution, Amina Bouayach a insisté sur la portée symbolique du choix de Marrakech pour accueillir cette rencontre internationale. Historiquement considérée comme un carrefour de dialogue et de brassage civilisationnel, la cité marocaine constitue, selon elle, un cadre pertinent pour débattre des mutations qui redessinent aujourd’hui l’espace public mondial. « Le choix de Marrakech n’est pas fortuit », a-t-elle souligné, estimant que les enjeux liés à l’avenir du débat public et à l’exercice des droits et libertés imposent désormais une réflexion globale sur l’impact des technologies numériques.

Pour la responsable du CNDH, la question dépasse largement le simple lien entre technologie et élections. Elle touche à un enjeu plus profond : celui de la protection des droits fondamentaux dans un environnement numérique qui modifie les conditions de la participation politique et transforme les mécanismes de construction de l’opinion publique. Amina Bouayach a rappelé que les élections ne sauraient être réduites à un simple mécanisme procédural d’alternance politique. Elles constituent, selon ses termes, « un droit constitutionnel et humain », intimement lié à d’autres libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, le droit à l’information, la participation citoyenne ou encore l’égalité d’accès aux données publiques. Toute tentative d’influence opaque ou de manipulation de l’opinion publique représente, selon elle, une atteinte directe à l’essence même du processus démocratique.

Un moment charnière comparable aux grandes ruptures historiques

La présidente du CNDH a également décrit l’époque actuelle comme « un moment charnière » comparable aux grandes ruptures historiques ayant transformé les sociétés humaines. L’essor de l’intelligence artificielle et des technologies numériques affecte désormais de manière directe les modes de communication, le travail, mais aussi la participation à la vie publique. Ces transformations offrent certes des perspectives importantes en matière de renforcement des droits et libertés, notamment grâce à l’élargissement de l’accès à l’information, à l’amélioration des services publics et au développement de la transparence institutionnelle. Mais elles génèrent également, a averti Bouayach, des défis complexes liés à la préservation de la liberté de choix, à l’intégrité du débat public et au maintien de la confiance dans les sociétés démocratiques.

Au cœur de ces préoccupations figure désormais le rôle des plateformes numériques et des algorithmes qui structurent la circulation de l’information. « Les espaces numériques ne sont plus de simples outils de communication », a-t-elle affirmé, les qualifiant de « véritable extension de l’espace public ». Or, a-t-elle poursuivi, ces espaces sont aujourd’hui gouvernés par des algorithmes souvent opaques, capables de déterminer les contenus auxquels les citoyens sont exposés et les interactions qu’ils entretiennent. Une évolution qui contribue, selon elle, à fragmenter le débat public et à favoriser l’émergence de récits parallèles, parfois contradictoires.

Le fléau de la désinformation et des deepfakes

La responsable marocaine a également mis en garde contre ce qu’elle a décrit comme « le fléau de notre époque » : la désinformation et les fausses informations. Un phénomène qui menace désormais le droit à l’information, la liberté de choix et l’intégrité des processus électoraux, particulièrement avec le développement des technologies de « deepfake », de génération automatisée de contenus et de ciblage précis des opinions publiques. Selon Amina Bouayach, l’intelligence artificielle accentue encore davantage ces risques en permettant la production et la diffusion massive de contenus à une vitesse inédite et à faible coût. Cette évolution rend plus difficile la distinction entre information authentique et contenu falsifié, tout en renforçant les capacités de propagation et d’influence des campagnes de désinformation.

Vers une gouvernance démocratique du numérique

Face à ces mutations, la présidente du CNDH a insisté sur la nécessité de construire une gouvernance démocratique de l’espace numérique. L’enjeu, a-t-elle précisé, ne consiste ni à rejeter la technologie ni à céder à la peur qu’elle suscite, mais à mettre en place des mécanismes garantissant la transparence, la responsabilité et la non-discrimination, tout en préservant la centralité des droits humains. Dans cette perspective, elle a révélé que le CNDH travaille déjà à l’intégration des enjeux numériques dans ses mécanismes d’observation électorale.

Lors des élections de 2021, l’institution avait notamment eu recours à des outils d’analyse des discours numériques et de suivi des dynamiques informationnelles. Le CNDH prévoit désormais de renforcer ces dispositifs à l’approche des élections de 2026, à travers le développement de nouveaux outils de surveillance et d’évaluation de l’impact des technologies numériques sur le processus électoral et les droits des citoyens.

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