Près de 77 % des emplois informels au Maroc ne bénéficient d’aucune couverture sociale, selon un rapport du Conseil supérieur de l’emploi et de la protection sociale (CSEPP). Cette révélation, rendue publique mercredi 15 mars 2023 à Rabat, met en lumière la fragilité persistante du marché du travail marocain face aux mécanismes de solidarité nationale.
Le CSEPP précise que le pays comptait, à la fin de l’année 2022, environ 2 030 000 unités de production informelle (UPI). Ces unités emploient une main-d’œuvre majoritairement non déclarée, privant les travailleurs d’accès aux systèmes de retraite, d’assurance maladie et d’indemnisation du chômage.
Une économie parallèle enracinée
Le phénomène de l’informalité touche tous les secteurs, mais il est particulièrement concentré dans le commerce de détail, la construction et les services domestiques. Le rapport du CSEPP souligne que ces activités échappent souvent au contrôle fiscal et aux obligations légales de déclaration.
Les données fournies par le Haut-Commissariat au plan indiquent que 77 % des personnes travaillant dans ces unités informelles n’ont aucun lien avec les régimes de sécurité sociale. Ce chiffre reste stable depuis cinq ans, malgré les réformes engagées par le gouvernement pour élargir la couverture sanitaire obligatoire.
Poids économique et implications sociales
Selon les mêmes sources, les UPI représentent environ 15 % du produit intérieur brut (PIB) national. Leur contribution économique ne se traduit pas en droits sociaux pour les travailleurs, ce qui creuse les inégalités et fragilise la cohésion sociale.
Le rapport du CSEPP met également en garde contre les conséquences de cette informalité persistante sur les finances publiques. En l’absence de cotisations et d’impôts, l’État perd des recettes essentielles au financement des services publics, notamment la santé et l’éducation.
Réponses politiques limitées
Le gouvernement a lancé plusieurs initiatives pour intégrer progressivement le secteur informel dans l’économie formelle. Parmi elles, la simplification des procédures de création d’entreprise, les exonérations fiscales temporaires et les campagnes d’information ciblées.
Cependant, le CSEPP estime que ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Il recommande un renforcement des contrôles, l’extension de la couverture sociale aux travailleurs indépendants et une meilleure coordination entre les ministères concernés.
Les experts consultés par le conseil préconisent également de lier l’accès à certains services publics ou subventions à la régularisation des activités informelles. Une telle approche, déjà testée dans d’autres pays, pourrait inciter les entrepreneurs à sortir de l’ombre.
Le débat sur l’informalité au Maroc intervient dans un contexte de réforme de la protection sociale, initiée en 2021 par la généralisation de l’assurance maladie obligatoire. Selon les projections officielles, cette extension devrait couvrir 22 millions de Marocains supplémentaires d’ici 2025.
Le rapport du CSEPP sera transmis au Parlement dans les prochaines semaines. Une commission d’enquête parlementaire pourrait être créée pour examiner les moyens de réduire le taux d’informalité et d’améliorer l’accès des travailleurs non déclarés aux filets sociaux.
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