Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts a formellement démenti, dans des données officielles transmises à Hespress FR, l’existence d’un soutien public de 13 milliards de dirhams (MMDH) accordé aux importateurs de moutons. Cette mise au point intervient alors que les prix des viandes rouges connaissent une forte hausse, dans un contexte de sécheresse persistante ayant fragilisé le cheptel national.
Selon le département dirigé par Ahmed El Bouari, les montants relayés dans le débat public reposent sur une confusion entre exonérations fiscales et soutien financier direct. Le ministère affirme que le soutien direct accordé à l’importation des ovins n’a pas dépassé 437,877 millions de dirhams sur deux ans. En 2023, 193,482 millions de dirhams ont été mobilisés, contre 244,394 millions en 2024.
Des mesures fiscales temporaires confondues avec un soutien direct
L’administration explique que les chiffres largement relayés incluent en réalité des mesures fiscales temporaires, notamment la suspension des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliqués à certaines importations de bétail. Avant leur suspension, les droits de douane sur les bovins importés pouvaient atteindre 200 %, auxquels s’ajoutait une TVA de 20 %. Ces barrières étaient conçues pour protéger les éleveurs marocains face à la concurrence étrangère.
Le ministère estime que le maintien de ces taxes aurait conduit à une augmentation des prix de la viande supérieure à 220 %, tout en accélérant le recul du cheptel national déjà fragilisé par la rareté des ressources fourragères et la hausse mondiale des coûts de production. Les mesures prises relevaient donc d’une stratégie d’urgence visant à éviter une aggravation des déséquilibres du marché.
Un processus transparent et organisé pour l’importation des moutons
Concernant l’importation des moutons, le ministère assure que l’opération s’est déroulée dans un cadre transparent et organisé, sans exclusion ni traitement préférentiel. Au total, 247 importateurs ont déposé des demandes de participation. Une commission chargée du suivi de l’opération, désignée par décision ministérielle, a procédé à la sélection sur la base de critères jugés uniformes et clairs.
Les autorités expliquent que l’ordre chronologique du dépôt des dossiers auprès de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) a constitué l’un des principaux critères retenus. Les candidats devaient également respecter un seuil minimal fixé à 1.000 têtes par dossier, conformément aux dispositions réglementaires en vigueur. Au terme de cette procédure, 153 importateurs ont été déclarés éligibles, soit près de 65 % des demandes soumises.
Les listes des bénéficiaires ont été publiées progressivement sur le portail de l’ONICL, au fur et à mesure de l’avancement des opérations. Les données communiquées par le ministère indiquent par ailleurs que les importations effectives ont atteint 386.965 têtes en 2023 et 488.789 en 2024. Sur deux ans, le volume total des ovins importés s’élève ainsi à 875.754 têtes.
L’objectif affiché : protéger le consommateur final
Le ministère insiste sur le fait que les opérations de contrôle menées en coordination avec l’Administration des douanes ont permis de vérifier les volumes réellement éligibles au soutien public. Il affirme également que l’intervention de l’État n’avait pas pour vocation de soutenir les importateurs eux-mêmes, mais de préserver l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché national, particulièrement durant les périodes de forte consommation, notamment l’Aïd Al-Adha.
« Le consommateur final demeure le principal bénéficiaire de cette politique », soutient le département, qui affirme avoir cherché avant tout à protéger le pouvoir d’achat des ménages et à contenir la hausse des prix. Les importateurs, selon cette lecture, n’auraient constitué qu’un maillon logistique dans une stratégie plus large de stabilisation du marché.
Un contexte inédit de sécheresse et de hausse des coûts
Au-delà de la polémique sur les chiffres, le ministère replace ces mesures dans une approche gouvernementale globale visant à préserver le cheptel national, assurer la continuité de la production agricole et éviter l’effondrement de milliers d’exploitations liées à l’élevage. Cette politique a été élaborée, selon lui, dans un contexte qualifié d’inédit, marqué à la fois par les effets persistants de la sécheresse et par l’augmentation des prix mondiaux des aliments pour bétail et de l’inflation importée, qui ont affecté l’ensemble des filières agricoles du pays.
Les autorités devraient continuer à surveiller l’évolution des prix et des approvisionnements, tandis que les importations de bétail pourraient être maintenues en fonction des besoins du marché national, notamment à l’approche des prochaines fêtes religieuses.
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