L’interconnexion Sahla-Bouhouda, un axe central de la stratégie hydraulique marocaine

L’interconnexion Sahla-Bouhouda, un axe central de la stratégie hydraulique marocaine

Face à l’accélération de la raréfaction des ressources en eau, le Maroc intensifie ses investissements dans les infrastructures de transfert hydrique. Le projet d’interconnexion entre les retenues collinaires de Sahla et de Bouhouda, situées dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, représente un maillon essentiel de cette stratégie nationale.

Ce chantier, dont les travaux ont été lancés en 2023, vise à relier deux bassins hydrauliques distincts afin de sécuriser l’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation dans une zone confrontée à un déficit pluviométrique chronique. Selon les données publiées par le ministère de l’Équipement et de l’Eau, l’interconnexion permettra de transférer jusqu’à 15 millions de mètres cubes d’eau par an entre les deux réservoirs.

Un projet intégré dans le programme national d’autoroutes hydrauliques

L’interconnexion Sahla-Bouhouda s’inscrit dans le cadre plus large du programme national d’autoroutes de l’eau, lancé par le gouvernement marocain pour faire face aux effets du changement climatique. Ce programme prévoit la construction de plusieurs grands axes de transfert afin de redistribuer les ressources depuis les zones excédentaires vers les zones déficitaires.

Le projet est financé par le budget général de l’État et par des partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement, qui a accordé un prêt de 200 millions d’euros en 2022 pour soutenir ce type d’infrastructures. Les travaux devraient s’achever d’ici la fin de l’année 2025.

Caractéristiques techniques de l’ouvrage

L’ouvrage comprend une conduite d’adduction d’une longueur de 18 kilomètres, équipée de stations de pompage et de bassins de régulation. La capacité de transfert est dimensionnée pour répondre aux besoins cumulés de la population locale et des périmètres irrigués environnants, estimés à 40 000 hectares.

Les études d’impact environnemental, rendues publiques en 2021, indiquent que le projet intègre des mesures de protection des écosystèmes aquatiques et des zones humides. Des comités de suivi locaux, composés d’élus et de représentants de la société civile, ont été mis en place pour veiller à la bonne exécution des clauses environnementales.

Un enjeu stratégique pour la sécurité hydrique du Nord

La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima connaît un stress hydrique croissant, avec des précipitations annuelles inférieures de 30 % à la moyenne historique enregistrée entre 1980 et 2010. Le barrage Sahla, d’une capacité de 23 millions de mètres cubes, n’a atteint que 40 % de son remplissage maximal durant les cinq dernières années. L’interconnexion avec Bouhouda, qui bénéficie d’un apport plus régulier, vise à compenser ces déficits saisonniers.

Des responsables de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, consultés par Aljareeda, ont précisé que le système permettra également de réduire les pertes par évaporation en favorisant un remplissage progressif des retenues. Des capteurs hydrométriques installés le long du tracé transmettront en temps réel les données de débit à un centre de contrôle régional.

À ce jour, le taux d’avancement des travaux est estimé à 70 %, selon le communiqué officiel publié en septembre 2024 par la direction régionale de l’équipement. Les prochaines étapes comprennent l’installation des vannes de régulation et la mise en service des pompes.

Les autorités prévoient une mise en exploitation progressive à partir du premier trimestre 2026. Cette échéance coïncide avec le lancement de deux autres interconnecteurs régionaux, dans le Souss-Massa et l’Oriental, qui visent à renforcer la résilience hydrique du royaume face aux sécheresses répétées.

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