Rabat engage une rupture procédurale au Sahara en contournant le comité des Vingt-Quatre

Rabat engage une rupture procédurale au Sahara en contournant le comité des Vingt-Quatre

Le Maroc a amorcé une démarche visant à sortir le dossier du Sahara de la compétence du comité des Vingt-Quatre des Nations unies, chargé de la décolonisation, pour le placer sous la seule autorité du Conseil de sécurité. Cette initiative, évoquée par l’ambassadeur Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, repose sur une argumentation juridique et diplomatique qui juge obsolète le cadre actuel de traitement du conflit.

Selon des experts de l’unité territoriale du Royaume, la nouvelle position marocaine s’appuie sur une approche globale combinant le droit international et une diplomatie active. L’objectif est de clore le litige par le biais d’un compromis unique : l’autonomie sous souveraineté marocaine, solution que le Conseil de sécurité considère comme sérieuse et crédible.

Une mutation procédurale pour isoler les adversaires

Ces experts estiment que ce choix opère une mutation de qualité en rompant avec la procédure traditionnelle. Il s’agit de mettre en œuvre des mécanismes juridiques précis pour priver les adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc de leur couverture idéologique. La référence légale se trouverait désormais strictement entre les mains du Conseil de sécurité, seul organe chargé du maintien de la paix mondiale.

Le chercheur Buraq Shadi Abdel Salam, spécialiste des crises internationales, estime que la rapidité des évolutions géopolitiques du dossier offre une base solide à cette requête. Il y perçoit une rupture de procédure qui impose la fin de la tutelle du comité des Vingt-Quatre. Selon lui, « ce choix mue la position du Maroc vers le lieu du donneur d’ordre pour l’exécution de la référence suprême de la charte de l’ONU », a-t-il déclaré à Hespress.

Abdel Salam ajoute que le maintien du dossier sous l’égide du comité des Vingt-Quatre constitue une grave violation des règles du Conseil de sécurité. Cette situation place les autres parties dans un isolement juridique total. Il qualifie leur obstination de dernier effort désespéré pour contourner les résolutions du Conseil qui consacre la souveraineté du Maroc.

Un appel à corriger un trouble institutionnel

Jawad Qasmi, chercheur en relations internationales, interprète cette requête comme un appel à corriger un dysfonctionnement des institutions onusiennes. Il explique que le comité des Vingt-Quatre perçoit l’affaire sous l’angle de la décolonisation, tandis que le Conseil de sécurité la qualifie de crise régionale nécessitant un compromis politique. Pour lui, le système mondial ne peut exiger une telle avancée politique alors que le comité continue d’utiliser le langage de la guerre froide.

Le chercheur souligne que, pour qu’un territoire reste sous la tutelle de ce comité, ses citoyens ne doivent pas gérer leurs propres affaires. Or, le Maroc a brisé cette règle sur le terrain, puisque la population du Sahara administre ses propres affaires via des conseils régionaux et siège au Parlement. Cela fait tomber la justification juridique de la présence du dossier devant le comité.

Qasmi estime que le Maroc a le droit de soulever le caractère illégal de ce débat. Il suggère que « le Maroc doit œuvrer avec toute sa force et exploiter ses succès diplomatiques pour forger un bloc de voix au sein de l’Assemblée générale ». Le but ultime de cette manœuvre est de priver le Polisario et l’Algérie de leur unique couverture idéologique.

Un retour aux sources sous l’ère espagnole

Le chercheur rappelle que le Maroc porte la responsabilité historique d’avoir soumis le dossier au Quatrième comité sous l’ère du joug de l’Espagne. Aujourd’hui, Rabat cherche à inverser cette procédure en faisant reconnaître que la question saharienne relève désormais d’un conflit régional et non d’un processus de décolonisation.

La prochaine étape attendue est une saisine formelle du Conseil de sécurité pour acter ce changement de compétence. Les observateurs prévoient des consultations diplomatiques intenses dans les semaines à venir, notamment avec les membres permanents du Conseil, pour consolider le soutien international à cette nouvelle approche marocaine.

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