Le Fonds monétaire international (FMI) a publié une étude consacrée à l’indépendance des banques centrales dans la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Asie centrale et du Caucase. Cette analyse alerte sur un phénomène de dominance fiscale, c’est-à-dire une situation où la politique budgétaire de l’État contraint la politique monétaire de la banque centrale, compromettant son autonomie.
Selon le rapport, le Maroc figure parmi les pays où des signes de dominance fiscale sont perceptibles. L’étude précise que la Banque centrale du Maroc, Bank Al-Maghrib, maintient formellement son indépendance légale, mais des pressions budgétaires, notamment liées au financement du déficit public, pourraient peser sur sa marge de manœuvre monétaire.
Les principaux indices relevés par le FMI
L’institution financière internationale identifie plusieurs indicateurs. Le premier concerne le niveau élevé de la dette publique marocaine, qui a atteint près de 70% du produit intérieur brut (PIB) en 2023. Le second indicateur est la part importante de la dette détenue par le système bancaire local, ce qui crée un lien étroit entre la situation budgétaire et la liquidité bancaire.
Le FMI souligne également que les taux d’intérêt directeurs de Bank Al-Maghrib ont connu une hausse progressive depuis 2022 pour lutter contre l’inflation, mais cette politique pourrait être entravée si l’État exigeait un financement monétaire implicite pour couvrir ses besoins de trésorerie. L’étude mentionne que le Maroc n’a pas encore atteint un stade critique de dominance fiscale, mais que les risques augmentent.
Réactions et contexte national
Les autorités marocaines n’ont pas encore officiellement réagi aux conclusions du FMI. Bank Al-Maghrib insiste régulièrement sur son indépendance opérationnelle et sur la priorité donnée à la stabilité des prix. Le ministère des Finances, de son côté, s’efforce de réduire le déficit budgétaire, qui est passé de 7,2% du PIB en 2020 à 4,5% en 2023, grâce à des réformes fiscales et à une meilleure gestion des dépenses.
Plusieurs économistes marocains estiment que le diagnostic du FMI est nuancé. Ils rappellent que le Maroc bénéficie d’un cadre légal garantissant l’autonomie de la banque centrale depuis la réforme de 2016, et que les pressions budgétaires ne se sont pas encore traduites par une subordination directe de la politique monétaire.
Comparaisons régionales et implications
L’étude du FMI compare la situation marocaine à d’autres pays de la région, comme l’Égypte et le Liban, où la dominance fiscale est plus marquée. Au Maroc, les risques sont jugés modérés, mais la persistance d’un déficit public élevé et d’une inflation encore supérieure à la cible de la banque centrale (qui vise 2% à moyen terme) alimente les inquiétudes.
La note rappelle que la dominance fiscale peut entraîner une hausse de l’inflation, une perte de crédibilité de la banque centrale et, à terme, une dépréciation de la monnaie. Pour le Maroc, l’enjeu est de maintenir l’équilibre entre les besoins de financement de l’État et la nécessaire maîtrise de l’inflation, qui est actuellement autour de 3,5%.
Prochaines étapes et perspectives
Bank Al-Maghrib devrait publier son prochain rapport semestriel sur la politique monétaire en septembre 2024. Ce document pourrait fournir des éclaircissements sur la manière dont l’institution entend concilier son objectif de stabilité des prix avec les pressions budgétaires. Par ailleurs, le gouvernement marocain prépare son projet de loi de finances pour 2025, qui devra intégrer les recommandations du FMI pour réduire la dépendance au financement bancaire.
Les discussions entre le Maroc et le FMI se poursuivent dans le cadre de la consultation au titre de l’article IV, dont les conclusions finales seront rendues publiques d’ici la fin de l’année 2024. Ce processus permettra d’évaluer plus précisément l’ampleur des risques et d’ajuster les politiques économiques en conséquence.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire