Rabat et Beijing ont franchi ensemble le seuil symbolique des 10 milliards de dollars d’échanges bilatéraux, à l’occasion du dixième anniversaire de leur partenariat stratégique. Ce jalon a été annoncé le 16 mai 2026 lors d’une cérémonie officielle organisée à Rabat, en présence de hauts responsables des deux pays. L’événement marque une décennie de coopération renforcée depuis la signature de l’accord-cadre en mai 2016.
Des échanges commerciaux en forte croissance
Selon les données publiées par l’Office des changes marocain, les échanges entre le Maroc et la Chine ont atteint 10,2 milliards de dollars en 2025, contre 2,8 milliards en 2016. Cette progression annuelle moyenne de 14 % reflète l’intégration croissante des deux économies. Les principaux secteurs concernés sont l’automobile, les phosphates, les équipements électroniques et les textiles.
Le partenariat stratégique, signé en mai 2016 lors de la visite du roi Mohammed VI à Pékin, repose sur quatre piliers : le dialogue politique, les échanges économiques, la coopération culturelle et la coordination multilatérale. Depuis lors, les deux parties ont signé plus de 30 accords sectoriels, dans des domaines allant de l’énergie renouvelable à l’intelligence artificielle.
Investissements chinois au Maroc
Les investissements directs chinois au Maroc ont également connu une hausse significative. Le total cumulé s’élève désormais à 4,3 milliards de dollars, selon les chiffres de l’Agence marocaine de développement des investissements. Ces investissements concernent notamment les parcs industriels de Tanger, Casablanca et Kénitra, où des entreprises chinoises produisent des composants automobiles et des batteries pour véhicules électriques.
Le Maroc est ainsi devenu une plateforme privilégiée pour les entreprises chinoises souhaitant accéder aux marchés africains et européens. Le pays bénéficie également d’un transfert de technologies dans l’industrie 4.0, la logistique et les infrastructures portuaires.
Coopération dans les infrastructures et la formation
Dans le cadre de l’initiative chinoise « Ceinture et Route », le Maroc a obtenu le financement de plusieurs projets d’infrastructures, dont le port de Nador West Med et la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech. La formation professionnelle constitue un autre axe de coopération : plus de 2 000 étudiants marocains ont suivi des programmes techniques en Chine depuis 2016, et 300 ingénieurs chinois ont été accueillis dans des entreprises marocaines.
Les deux pays ont également renforcé leur coopération dans les énergies renouvelables. La Chine a participé au financement de deux parcs solaires dans la région de Ouarzazate et d’un parc éolien à Taza. Ces installations contribuent à l’objectif marocain de porter à 52 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030.
Enjeux et perspectives
Malgré ces succès, les observateurs notent que la balance commerciale reste déficitaire pour le Maroc, avec des importations chinoises trois fois supérieures aux exportations marocaines. Rabat cherche à rééquilibrer cette relation en encourageant les exportations de produits agricoles, de phosphates transformés et de composants automobiles vers la Chine.
Les discussions se poursuivent également sur un accord de libre-échange entre le Maroc et la Chine, qui pourrait être signé d’ici fin 2027. Ce traité viserait à supprimer les droits de douane sur 85 % des produits échangés, tout en protégeant les secteurs sensibles marocains. Selon des sources diplomatiques, les négociations achoppent encore sur l’accès au marché chinois pour les produits agricoles marocains, notamment les agrumes et les tomates.
Lors de la cérémonie du 16 mai, l’ambassadeur de Chine à Rabat, Li Changlin, a déclaré que son pays « entendait porter le volume des échanges à 15 milliards de dollars d’ici 2028 ». Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a de son côté souligné que « ce partenariat devait désormais bénéficier directement aux citoyens marocains, notamment à travers la création d’emplois et le transfert de technologies ». Les deux parties ont convenu de la tenue d’une réunion de haut niveau à Pékin en novembre 2026 pour faire le point sur ces objectifs.
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